Il y a quelques jours, j'ai eu l'occasion de passer une après-midi la Centrale 144 de ma région.
Pour ceux qui ne le savent pas, le numéro des Urgences Santé en Suisse est le 144 ( 117 pour la Police et 118 pour les Pompiers).
Donc, me voici dans une centrale avec 3 postes de travail, un/e infirmier/ère ou ambulancier/ère au téléphone.
Le premier écran est un écran d'ordinateur "normal", sur lequel on trouve différents dossiers importants, tels que boîte mails (sur laquelle arrive les informations importantes tels que interruption de trafic, chemin fermé, manifestation prévue dans telle ou telle ville,...), un métronome (on verra plus tard pourquoi) , et d'autres dossiers...
Le deuxième écran sert à marquer les informations importantes lorsqu'un appel arrive: numéro de téléphone, adresse exacte, nom de la personne,... Le programme est en liaison avec les données téléphoniques, donc les numéros fixes permettent de situer l'appel. Les appels avec un téléphone mobile sont plus difficiles à localiser, dans ce cas, les régulateurs vont devoir être encore plus précis dans leurs questions.
Le troisième écran permet de voir où sont les ambulances et Smur des différents services, via leur localisation GPS ou leur dernier appel, s'ils n'ont pas de géolocalisation intégrée. En fonction du lieu où est le patient, le régulateur va mobiliser l'ambulance la plus proche. Pour cela, un logiciel intégré permet de voir le nombre de km qui séparent le véhicule le plus proche du patient, mais une connaissance de la géographie locale est un plus: en effet, il y a eu un appel pour un lieu retiré, avec une ambulance à 20 km à vol d'oiseau, mais avec des routes bien moins bonnes que l'ambulance qui était à 25 km, mais avec des routes plus directes...
Le quatrième écran est consacré aux appels radio, pour les ambulances et Smur qui s'annoncent au départ, à l'arrivée et à la fin de leur intervention.
Comment se passe un appel?
Le téléphone sonne, avec un rappel lumineux rouge dans la salle. Le régulateur prend l'appel, et va poser des questions ciblées. Il est clair que pour la personne qui appelle, qui est paniquée et qui veut faire le mieux possible et le plus vite possible, ces questions ne semblent pas pertinentes, pourtant ça permet de situer le lieu, de pouvoir prévenir au plus vite l'ambulance la plus proche et aussi de trier la priorité de l'appel.
Qui appelle ?
• nom
• numéro de téléphone
Où est le blessé / malade ?
• lieu, adresse, étage, code entrée
• ou points de repères
Que se passe-t-il ?
• malaise ou accident
• description de l'événement
• nombre de blessés/malades
• âge,...
(crédit: http://www.sisl.ch/technique/144.htm )
Avec ces renseignements, le régulateur peut définir les priorités d'intervention et envoyer les ambulances avec les mots-clefs de la mission (par exemple: "AVP(=accident de la voie publique)auto-pylone 1 blessé incarcéré"; ou "malaise origine X en rue" ou "convulsions fébrile, enfant 2 ans",...)
Il y a plusieurs stades de priorités:
P1
Départ immédiat avec engagement des moyens
prioritaires car possible atteinte grave des fonctions vitales.
P2
Engagement sans délai, signaux prioritaires enclenchés
si nécessaires à la progression, pour une intervention sans probabilité d'atteinte des fonctions vitales.
P3
Engagement sans signaux prioritaires sur demande
programmée ou autorisant un délai.
(crédit: http://www.sisl.ch/technique/144.htm )
En fonction des mots-clefs ou d'un appel des ambulanciers sur site qui ont besoin d'un médecin, la centrale avertit le SMUR de la région avec les mêmes messages que plus haut.
En faisant cette après-midi d'observation, j'ai eu la possibilité d'assister à des interventions très diverses...
comme dit plus haut, il y a eu une intervention en milieu retiré: une chute en montagne, une blessure à la jambe: une ambulance a été dépêchée sur place, et lorsque la situation a été analysée sur place, les ambulanciers ont téléphoné à la centrale 144 pour avoir un secours en hélicoptère, car il leur était impossible de secourir cette personne sans hélitreuillage.
Il y a aussi eu des appels pour chute en rue, en ville ou pour un enfant blessé après une chute à rollers.
Puis il y a eu un appel qui a soudain mobilisé le régulateur et ses collègues: une personne a appelé pour son voisin qui a fait un malaise, la femme étant vers lui. M.X ne respirait plus, le régulateur a pris des renseignements et a fait commencer un massage cardiaque à l'épouse... Il a pris le métronome sur le premier écran et comptait en rythme afin que la personne faisant le massage puisse le faire en respectant un rythme "correct".
Comme le régulateur avait toujours le voisin au bout du fil, il l'a encouragé, rassuré en disant que les secours étaient en route...
Parce qu'en même temps qu'il a pris les renseignements, mis en route le métronome, il a aussi engagé ambulance et Smur, avisé ses collègues qui prenaient les autres appels et le soutenaient par gestes et signes de tête.
puis soulagement au bout du fil, l'ambulance arrivait. Fin de mission pour le régulateur.
La chaîne de secours en Suisse:
Cette chaîne est constituée par les cinq maillons de base que sont :
• l'aide d'urgence par les témoins
• l'appel d'urgence
• les premiers secours profanes
• les secours professionnels et le transport vers l'hôpital adéquat
• l'accueil et le traitement hospitalier
Une fois que les ambulanciers ont fini leur mission, ont rétabli leur véhicule, ils appellent la Centrale pour finir les transmissions: le régulateur donne les heures d'appel (du patient ou du témoin), l'heure de départ de l'ambulance, l'heure d'arrivée sur site, l'heure de départ du site et l'heure d'arrivée à l'hôpital. Si un Smur a été engagé, il sera rajouté les heures d'appel,de départ(s) et d'arrivée(s) du Smur.
En même temps, c'est un moment de dialogue entre le régulateur et l'ambulancier, qui va donner des nouvelles du patient, de ce qui s'est passé (si le temps le permet).
Le travail administratif n'est pas fini, car il faut encore imprimer la fiche avec les renseignements, puis la faxer au service de Smur qui a été engagé.
Il faut aussi compter sur les appels des infirmiers/ambulanciers smuristes qui ne trouvent pas la feuille, ou qui font modifier les heures de départ,...
Que dire de plus: ces 3 heures ont été bien remplies, intéressantes et avec un nombre élevé de téléphones, ce qui m'a permis de voir le stress qui peut être engendré par ce métier, mais aussi la bonne entente et collaboration entre régulateurs et ambulanciers.
Merci chaleureux à Déborah et à toute l'équipe qui m'a accueillie et a répondu à mes nombreuses questions!
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