Partager l'article ! il y a 20 ans... (1ère partie): Enfin, même 21 ans, je commençais l'Ecole d'Infirmières. Et quand je vo ...
Enfin, même 21 ans, je commençais l'Ecole d'Infirmières.
Et quand je vois la formation actuelle, je suis assez impressionnée de voir les changements...
Maintenant il y a une formation en HES (Haute Ecole Spécialisée), une eurocompatibilité grâce aux accords de Bologne, une manière d'apprendre par ateliers, recherches personnelles, etc.
Il y a 20 ans, ce n'était pas du tout à l'ordre du jour!
L'école durait 3 ans, nous étions payées 1'050.- francs (suisses)/ mois (ce qui équivalait, à l'époque, à ~4'200.- francs français; et actuellement à ~800.- €/ mois), ce qui m'a permis d'être interne dans mon école d'infirmières et de subvenir à mes besoins avec une aide très minime de mes parents...
La formation était divisée en 6 semestres, il y avait 4 semestres sommatifs (il fallait avoir la moyenne pour passer au semestre suivant) et 2 semestres formatifs.
Premier semestre:
-Unité d'introduction aux études
"faire connaissance: des personnes, du programme, des méthodes pédagogiques et des réglements"
durée: 1 semaine
que dire de cette semaine?
Un souvenir me revient: à la présentation de la formation d'infirmières, la Directrice nous avait dit très clairement et distinctement que "La première qualité d'une infirmière est la ponctualité".
Le premier matin, je me réveille à 8h, ne sachant pas trop bien où j'étais... et je me précipite dans les escaliers (j'étais interne) pour atteindre l'aula où les nouvelles élèves étaient accueillies. J'arrive essoufflée, honteuse, avec 5 bonnes minutes de retard... du fait de ma rougeur et mon malaise, je n'ai pas eu de remarque, la Directrice qui était en train de faire son discours de bienvenue a dû penser que j'étais venue en bus et que celui-ci avait du retard!
-Unité d'introduction aux soins infirmiers
durée: 22 semaines, dont 20 jours de stage (répartis sur 4 semaines) et 85-90 jours de cours.
L'enseignement de cette unité pose les bases théoriques des acquisitions ultérieures.
Dans cette unité, l'accent est mis sur:
- sciences exactes: biochimie, pharmacologie, calcul
- sciences humaines: psychologie, développement bio-psycho-socio-spirituel, sociologie
- biologie et fonction de l'être humain: biologie, cytologie, histologie, embryologie, fonction de respiration, nutrition, locomotion, commande, régulation et adaptation, élimination intestinale
- démarche de soins selon le modèle de Virginia Henderson
- identité et éthique professionnelles
- pratique des soins liés aux activité de la vie quotidienne
- observation du client et entretien avec le client, son entourage et l'équipe de soins
Bref, des cours, des cours, des cours...
Je me suis éclaté en chimie, biochimie (que j'avais déjà beaucoup appréciées au Gymnase (Lycée), c'étaient des matière que j'aimais vraiment bien... inutile de dire que j'ai beaucoup oublié depuis!)
J'ai mis une dizaine de minutes avant de comprendre que l'histologie était l'étude des tissus... autant dire que sur un cours de 45 mn, j'ai dû bosser fond mon polycopié...
Question théorique, pour une fois j'étais à l'aise, alors que j'étais un peu à la traîne au Gymnase. Du coup, je pouvais donner des coups de main à l'une ou l'autre de mes camarades, ce qui m'aidait d'autant plus à réviser.
Les 4 semaines de stage se sont passées dans un service de neurologie. Autant dire que nous n'étions pas d'une efficacité terrible! mais nous pouvions déjà faire pansements simples, bander des jambes et nous occupper particulièrement d'un/e client/e (éh oui! cette terminologie que nous détestions était la terminologie officielle de l'hôpital et de l'école! il était dit que les gens qui travaillaient à l'hôpital étaient des prestataires de soins et que les clients venaient pour les obtenir... c'était l'époque néo-libéraliste du début des années 90...)
Nous étions sensées être en plus des équipes et donc pouvoir dégager du temps pour étudier durant notre temps de travail. Autant dire que je préférais aider mes (futures) collègues que de rester assise à lire, surtout à ce niveau de formation!
Apprentissage du PSI (plan de soins infirmier): remplir des cases sur chaque patient en fonction des 14 besoins selon Virginia Henderson... l'hôpital qui nous accueillait en stage avait pris ce modèle conceptuel comme référence, et nous étions sensées remplir pour chaque patient cette feuille...
Il va sans dire que ces feuilles n'étaient remplies que lorsque nous avions un enseignement clinique (une enseignante venait nous suivre une matinée et nous évaluer) ou si l'élève de 6ème semestre allait passer son examen final!
Deuxième semestre:
-Unité de soins infirmiers aux adultes et aux personnes âgées
Durée: 22 semaines, dont 65-70 jours de stage (répartis sur 2x 6-7 semaines) et 40-45 jours de cours.
L'enseignement se veut en lien direct avec les acquisitions faites au 1er semestre. Il permet aux élèves de soigner progressivement 2 clients, en collaboration avec l'équipe de soins. L'élève applique le processus de soins infirmiers, selon le modèle conceptuel de V. Henderson, dans des situations physiopathologiques stables et fréquemment rencontrées.
Dans cette unité, l'accent est mis sur:
- la globalité de la personne adulte et de la personne âgée
- le développement des conceptes de santé, maladie, adaptation, besoin, pertes, dépendance, indépendance, autonomie
- l'application des processus de soins infirmiers
- la pratique des soins coutuniers et thérapeutiques courants
- les soins à la personne âgée
- l'approche d'une relation d'aide avec le patient
- l'intégration dans la vie d'une équipe de soins
- l'utilisation systématique des connaissances dans les situations infirmières rencontrées.
Encore des jours de cours, encore des notions de physiologie, d'anatomie. En fin de première année, nous aurions étudié toute l'anatomie, la physiologie, le tout par systèmes...
Pas facile de mettre en lien les notions vues en cours à des situations même stables. Mais vu que j'étais en stage en neurologie, j'ai mis à contribution, passant outre ma gêne et ma timidité, les médecins-assistants du service.
Quelques souvenirs marquants...
Dans mon premier stage, en neurologie donc (on repartait dans notre lieu de stage du 1er semestre au début du 2ème semestre, histoire d'avoir une continuité... ), un matin, l'ICS (Infirmière Cheffe de service) nous convoque tous: ICUS (Infirmiers Chefs d'Unité de Soins), infirmiers/ères, infirmières-assistantes, aides-infirmières, femmes de ménage.
On se regarde tous, assez étonnés. En fait, une des aides-infirmières s'était donné la mort la veille.
Sentiment évident de malaise, mais je suis reconnaissante à cette ICS de nous l'avoir dit à tous, d'avoir inclus les femmes de ménage, d'avoir permis à tout le monde d'exprimer sa peine, sa colère, son incompréhension.
Une autre anecdote, plus légère... nous devions donc remplir nos PSI (plans de soins infirmiers) d'une manière rigoureuse et détaillée. Nous étions évaluées là-dessus... je remplis donc conscieusement ce PSI, enlève l'étiquette du patient... (protection des données, évidente!), mais tout à coup, je me ravise et remets une étiquette, parce que, dans ma petite tête, l'enseignante va peut-être imaginer, s'il n'y a pas de nom et date de naissance, que j'ai inventé ce patient...
vlan! un point de moins!
et surtout, ce patient étant indépendant, il allait tout seul aux WC... et dans le besoin "élimination", je n'avais pas mis la couleur, la consistance et la fréquence des fèces!
Vlan!
Deuxième stage... je suis en traumatologie. Equipe tout aussi sympa que la précédente, je me plais bien dans ce service. Là, premiers pansements complexes (fixateurs externes, plaies sales, ...), premières injections s/cut et i/m, premières prises de sang.
Et surtout première pose de sonde vésicale sur un homme.
Patient fébrile, peu bien, n'ayant pas uriné depuis quelques heures.
Je demande à aller voir la pose de sonde, vu que je n'avais vu qu'en théorie, à l'école, ce soin. L'infirmière-assistante me prend avec elle et me dit qu'elle me guiderait, mais que c'était à moi de la poser...
Ok, ok... je prépare le tout, je pose la sonde, je bute... pas d'urine. Je regarde l'infirmière, en lui disant que je n'arrive pas à monter plus haut! elle m'ordonne de gonfler le ballonnet.
Euh? t'es sûre? et si je suis dans le prostate?
Elle insiste, j'obéis... du liquide sort bien de la sonde, mais c'est du sang!
Paniquée, je dégonfle à toute vitesse le ballonnet, ôte la sonde, plante tout le monde et sors de la chambre les larmes aux yeux!
Autre souvenir un peu cuisant: enseignement clinique, je dois faire un pansement. Je prends mon set à pansement, l'ouvre, fais le soin tel que demandé (avec rideaux tirés, fenêtre refermée, masque mis, gants idem... bref, tout "comme il faut" ). Seule remarque de l'enseignante: "Ah, tu m'étonnes Heidi, je ne pensais pas que tu montrerais autant de dextérité"