Partager l'article ! Grand-maman: Voici plus d'une année que tu es partie, mais souvent je pense à toi... J'ai envie de te té ...
Voici plus d'une année que tu es partie, mais souvent je pense à toi...
J'ai envie de te téléphoner pour te demander la recette du "papet aux poreaux" (recette ici: papet vaudois), de te demander s'il faut battre un peu la crème avant de la mettre sur la pâte quand je fais un gâteau à la crème, si tu connaissais Mme Untelle dont j'ai vu l'avis de décès dans la "Feuille d'avis" (en prononçant le s final d'avis...), si...
Ton visage rond, avec ces rides de tellement d'expressions, tes yeux bleus, ton accent si vaudois, ton amour du terroir. Ta silhouette, petite, tout en rondeurs. Ton rire si prenant, tes expressions tonitruantes, des coups de colère, mais surtout ta tendresse, pudiquement cachée sous des airs bourrus...
Tu sais, quand je ferme les yeux, je te revois chez toi, il y a si longtemps, dans cet appartement ( 3 anciennes salles de classe transformées en un grand appartement...) le couloir glacé qu'il fallait emprunter pour aller de la cuisine à la chambre à coucher. La cuisine que tu fermais à clef avant d'aller te coucher, car "on ne sait jamais si un voleur venait!" (pour voler quoi? ). Cette cuisine que je revois avec la grande table en formica, le grand fourneau à bois qui servait de chauffage et de cuisinière, la cuisinière électrique, utilisée l'été surtout, la machine à laver le linge. C'est dans cette cuisine que toi et grand--papa vous laviez, dans une grande bassine en fer-blanc. Il fallait faire chauffer l'eau sur la cuisinière à bois, vous n'aviez que l'eau froide courante, jusqu'en 1977.
Je me souviens quand vous avez enfin été raccordé à l'eau chaude: Grand-papa, si pudique, était content qu'enfin il puisse se laver tous les jours dans une pièce intime!
Vous aviez une salle à manger-salon, mais la pièce à vivre était réellement cette cuisine, que je voyais si grande avec mes yeux d'enfants.
Vous dormiez dans la chambre à coucher sans chauffage, l'hiver, il y avait deux ou trois couches de couvertures sous le duvet en plumes...
La cave était en terre battue, sentait bon les légumes, les confitures, l'humidité... j'aimais bien cette odeur, et quand j'étais punie et que tu m'enfermais un moment dans la cave, j'étais folle de joie... J'imaginais pouvoir m'échapper en creusant la cave avec une cuillère en métal piquée à la cuisine!
Je me souviens de tes coups de colère, de ton franc-parler, de ta manière de rembarrer les gens qui t'enquiquinaient...
Du reste, quand je disais au village que j'étais ta petite-fille, les gens savaient très bien qui tu étais, et me demandaient si j'avais le même caractère que toi...
Souvent, tu effrayais ceux qui ne te connaissaient pas. Ils avaient peur d'être la cible de tes piques...
Pourtant, j'ai appris de toi la tolérance, à voir le côté positif des choses, à dire "On ne va pas se plaindre, il y a plus malheureux que nous", à aller rendre visite à tes amies du village ou plus loin, à pieds... à boire le thé à 16h avec des petits biscuits, à entrer dans une ferme par le long couloir, à toquer à la porte et à entrer, sans avoir peur des chiens...
A aller dans le jardin cueillir herbes, rhubarbe ou fraises...
A faire les confitures, à aimer les fêtes villageoises...
Avec grand-papa, j'ai appris à aimer jouer dans les graviers du cimetière: il s'occupait des allées, enlevait les mauvaises herbes...
J'ai appris, avec vous deux, la valeur du travail bien fait...
Tu n'avais pas de formation, tu allais donc faire des ménages dans le village ou ailleurs afin de gagner de quoi mettre un peu de beurre dans les épinards... Ça, en revanche, je ne peux pas t'imiter, le ménage et moi sommes pas très copains! Mais quand il a fallu nettoyer et ranger ton appartement l'an dernier, j'ai vu, avec fierté, que tout était nickel, propre... les armoires étaient impeccables! et tu avais 89 ans!
L'an dernier... ton coeur était malade, bien fatigué. Tu as fait un OAP, que ta fille n'a pas su déceler... tu as attendu 2 jours que l'infirmière à domicile vienne et te fasse hospitaliser, après un coup de fil à ton médecin traitant.
Un peu de VNI et tu as passé le cap! mes enfants ont pu te revoir, et tu nous as fait rire! les infirmières et aides-soignants m'ont dit à quel point tu étais souriante, sympathique...
On parlait de convalescence, de transfert... et tu as rechuté... un autre OAP. Tu as supporté quelques heures la VNI, puis tu as dit "Ça suffit!, je n'en veux plus".
Là, nous sommes venues te voir: petites-filles et fille présentes... j'ai juste demandé qu'on te mette un peu de morphine i/v, j'en avais assez de te voir piquée toutes les demie-heures en sous-cutanné...
Moins de 30 minutes après que la morphine ait été mise en pousse-seringue, tu es partie...
Tu me manques...