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En Suisse, le système de soins à domicile est un peu différent de ce qui se passe en France.
Il existe des infirmières libérales, mais elles sont très rares et souvent spécialisées dans des domaines très pointus.
Mais nous avons un système qui s'appelle "Spitex" en Suisse-Alémanique ou CMS dans mon canton.
(CMS: centre médico-social.)
C'est en fait un grand cabinet, régit et payé par l'Etat. Dans ce cabinet on trouve des infirmières, des aides-infirmières, des secrétaires, des ergothérapeutes, un système de transport bénévole (les bénévoles transportent le patient à sa demande, le patient paie les km effectués ), la gestion des repas chauds à domicile,...
Il y a des CMS dans toutes les régions du canton, et quand j'y travaillais, j'ai eu le grand plaisir de découvrir toute une région, des villages perchés sur des collines, des maisons isolées, loin de tout, ainsi que d'aller aussi dans un milieu plus urbain.
J'ai adoré entrer en contact avec les gens, découvrir leur lieu de vie, c'était une toute autre perspective que de travailler à l'hôpital où c'est le corps soignant qui "accueille" le patient dans son univers.
Là, je ne savais jamais ce qui allait se passer... sachant que la plupart du temps, nous intervenons à la demande du patient, mais il se peut que ce soit la famille qui ait fait le forcing pour que "quelqu'un passe voir la maman", ou un médecin qui, voyant les difficultés de prise en charge de cette personne, insiste pour qu'elel accepte que l'infirmière passe une fois par semaine...
Autant dire que les gens qui ont été "forcés" de nous accepter, qui ne voulaient pas contrarier leur fille si inquiète ou faire plaisir au docteur tellement gentil, ne nous accueillaient pas toujours de très bonne grâce.
Il est arrivé quelques fois que la porte reste close et qu'on nous dise de nous en aller...
Quelques figures marquantes:
- M et Mme Louis : ils vivaient dans une vieille maison, au centre d'un village quasiment déserté. Ils n'avaient pas d'eau chaude, et un sens personnel de la propreté et du rangement. C'était un couple charmant, qui recevait avec plaisir la visite de l'infirmière. Mme faisait bouillir de l'eau, amenait une serviette propre, qu'elle mettait sur la chaise où je m'asseyais. je me lavais donc les mains avec cette eau avant de faire le soin qui était prescrit: Mme Louis avait une sonde urinaire à demeure et le médecin demandait que tous les 3 mois il y ait un rinçage de la sonde pour éviter qu'elle ne se bouche. (Je parle d'un temps que les moins de 20 ans...) . Mon plus grand étonnement, encore à ce jour, est que jamais Mme Louis n'a fait d'infection urinaire!
- Mme Mercedes, qui était inconsolable car les experts du service de circulation lui avaient retiré son permis de conduire "Mais je ne comprends pas, pourtant j'étais prudente sur tout le trajet, j'étais très prudente! " (et je n'ai pas réussi à lui faire admettre que rouler à 30 km/h de moyenne n'était pas vraiment sécuritaire ni pour elle, ni pour les autres usagers de la route...)
- M.Vincent: un jeune homme, vivant avec une pathologie évolutive. Il était marié, avait des enfants. Je le connaissais "d'avant", à l'hôpital, où il faisait de très réguliers séjours. C'était un cas à part, charmant, mais un peu manipulateur. Il avait une multitude de médicaments qu'aucun médecin ne réussissait à diminuer... Il se connaissait et demandait aux infirmières qui passaient chez lui de faire les soins prescrits, mais rien de plus. Du coup, les concepts de prise en charge globale, voir le patient dans son ensemble, soins holistiques passaient à la poubelle!
Mais du fait qu'il était charmant et que je passais vers lui en fin de journée, j'arrêtais souvent ma machine infernale (une sorte de compteur qui permettait de facturer les prestation au temps réel passé chez un patient, y compris les km pour y aller) le temps de boire un café avec lui et son épouse. On bavardait de choses et d'autres... c'était très agréable.
Durant tout le temps où je travaillais à domicile et j'allais le voir, il m'a demandé de l'appeler par son prénom. Je n'y arrivais pas.
Quelques années après, je l'ai revu à l'hôpital. Je ne m'occupais pas de lui, j'étais dans le service d'à côté, mais je suis passé le trouver. On a discuté un moment et je l'ai, enfin!, appelé par son prénom.
Il est décédé quelques jours plus tard...
- il y a aussi Mme Rose, 90 ans, qui ne comprenait pas trop ce qu'on faisait là. Elle m'accueillait toujours avec une tasse de thé et trottinait dans son appartement. Je vérifiais juste que tout allait bien, prenait sa tension, et me disais qu'en effet, elle n'avait pas besoin de nous!
oui, c'et une chouette manière de faire, le corollaire c'est qu'on n'a quasiment pas d'infirmière libérale et c'est dommage aussi...
pffff en me relisant, je trouve que ça fait très instit remplissant un bulletin :>
j'adore les commentaires des instits! surtout que je n'en avais pas quand j'étais enfant (de commentaires, parce que des instits, j'en ai eu quelques-unes!)
merci pour ton passage par chez moi