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Vendredi 5 avril 2013 5 05 /04 /Avr /2013 11:53

Lucette a 80 ans. Elle a une famille aimante qui l'entoure, malgré quelques tensions.

C'est une femme qui a beaucoup donné toute sa vie, qui était active longtemps.

Mais ces dernières années, les choses ont changé.

Elle est de moins en moins active, Lucette.

Elle a de la peine à se déplacer. Et elle habite une maison villageoise, à flanc de colline. Pour accéder chez elle, il faut grimper une dizaine de marches d'escalier. Pas bien raides, mais quand même, c'est difficile.

Il faut dire que Lucette a un surpoids important, des jambes avec des plaies qui ne veulent se fermer. Les infirmiers qui passent tous les deux jours appellent ça des ulcères.

Lucette a aussi de la peine à respirer. Se déplacer et respirer, c'est tout un problème. Dans l'idéal, elle aimerait faire une chose après l'autre: d'abord se déplacer, puis ensuite prendre son temps pour respirer. Mais bien sûr, ce n'est pas possible.

Du coup, comme elle a de la peine à respirer, marcher, monter les marches qui mènent chez elle, elle reste cloîtrée.

ou presque.

Son plaisir, c'était de faire le jardin. Oh fallait voir comme il était beau, son jardin! Des fleurs, des légumes, des fraises, les préférées de sa petite-fille!

Là, le jardin a été remplacé par une cour, vu qu'elle n'arrivait pas à s'en occuper. La cour, c'est pratique pour y mettre les voitures, comme ça, ses enfants et petits-enfants peuvent parquer devant chez elle quand ils viennent en visite, plutôt que dans la rue! oui, quand ils viennent en visite...

Elle sait bien, Lucette, que ses petis-enfants sont bien occupés. Sa petite-fille a 3 enfants, elle habite pas tout près.

Elle vient toujours avec plaisir, mais... pas très souvent. Son petit-fils? oui, il téléphone, mais il est souvent absent, à l'étranger, pour son travail.

Lucette sort de moins en moins, mais elle continue à jardiner sur son balcon... quelques géraniums, des pensées, des jardinières vivantes, jeunes, colorées...

Pas comme elle. Elle se sent inutile, Lucette. Elle se sent de trop.

Les infirmiers qui viennent 1 jour/2, les aides-soignantes qui viennent tous les jours la laver, il faut les payer!

sa fille, qui s'occupe de ses payements, dit que ce n'est pas un problème, qu'au contraire, il y a des aides de l'Etat pour payer tout ça.

Elle est bien gentille, la fille à Lucette, mais ça n'empêche pas sa mère de se faire du souci.

Elle n'a pas le moral, Lucette. C'est dur de voir tout s'effilocher... une vie active qui arrive à sa fin, dépendante des autres pour tout...

Alors Lucette a décidé de ne plus être un poids pour les autres, pour elle-même.

Elle a trouvé quelques produits de jardinage, en a fait un cocktail... et l'a bu...

L'infirmier l'a retrouvée peu bien, a appelé les secours, qui l'ont emmenée à l'hôpital.

Lucette s'y est endormie pour toujours...

 

 

 

 

Par heidi70 - Publié dans : souvenirs et anecdotes - Communauté : Infirmières !!!
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Lundi 1 avril 2013 1 01 /04 /Avr /2013 20:44

Ludovic est un charmant jeune homme.

Sympathique, chaleureux, il vient de temps en temps dans notre service.

Il a juste un petit défaut, qui explique pourquoi il vient chez nous: Ludovic est toxicomane.

Et il a l'habitude de s'injecter différents produits (ne me demandez pas lesquels, je suis infirmière, mais mes connaissances ont des limites très vite atteintes!).

Ce qui fait qu'il vient chez nous pour endocardite infectieuse de manière récurrente...

 

(pour ceux qui ne connaissent pas très bien cette maladie, je mets une petite note explicative. Pour ceux qui qui sont au clair, vous pouvez passez ce paragraphe!

-Définition: 

Le cœur est constitué de trois types de tissus qui sont, en allant de l'extérieur vers l'intérieur du cœur: le péricarde, le myocarde et l'endocarde.

L’endocarde est donc le tissu situé sur la face interne du cœur, directement au contact du sang. Une endocardite correspond à une inflammation (ou irritation) de l'endocarde.

endocardite.jpg

 

 

La zone la plus atteinte de l’endocarde au cours d’une endocardite est en règle générale celle des valves cardiaques, surtout si elles sont initialement lésées. Ces valves sont au nombre de 4 : 2 du coté droit du coeur et 2 du coté gauche.

A droite se trouve la valve tricuspide entre l’oreillette et le ventricule droit, et la valve pulmonaire entre le ventricule droit et l’artère pulmonaire.

Du coté gauche du cœur, se trouve la valve mitrale entre l'oreillette et le ventricule gauche suivie de la valve aortique entre le ventricule gauche et l'aorte.

Les endocardites des valves mitrale et aortique sont les plus fréquentes.

L'inflammation de l'endocarde est souvent provoquée par une infection généralisée, le germe étant initialement localisé à un autre endroit du corps (dents, tube digestif...).

L'endocardite infectieuse est une maladie grave par elle-même, mais aussi par le fait du terrain sur lequel elle survient.)

e-cardiologie.com  )

 

 

Donc nous recevons une fois de plus Ludovic, qui est toujours là avec son grand sourire, son air tellement sain (t?)

Difficile de deviner qu'il est toxicomane depuis de nombreuses années...

 

Il est installé en chambre et nous l'équipons: le médecin-chef est là pour lui poser une voie veineuse centrale (un cathéter qui va dans une grosse veine du cou), afin de pouvoir le perfuser et lui passer les antibiotiques qui vont lui permettre de sauver sa vie.

Il va bien, Ludovic! enfin, bien, malgré la fièvre, les douleurs articulaires et musculaires... ce sont ces symptomes qui l'ont conduit à aller consulter aux urgences...

Le médecin-chef est là, parce que du fait de sa toxicomanie, Ludovic n'a plus de veine "piquable", donc il a besoin d'un médecin expérimenté pour trouver une veine que ce jeune homme n'a pas encore (trop) maltraitée...

 

Et donc Ludovic reste quelques jours chez nous, afin que nous puissions surveiller ses paramètres vitaux et surtout le tracé de son rythme cardiaque...

Il en a marre, Ludovic! il aimerait pouvoir sortir, voir ses potes, fumer une clope dans la cour...

Il en a assez de devoir se soumettre à notre rythme, lui qui n'a pas vraiment de rythme.

 

Un jour, en lui donnant sa méthadone, ma collègue a une intuition... elle reste discrétement à l'observer. Il prend le godet avec le liquide, le met dans sa bouche et.... stupeur! le recrache, puis mélange avec de la salive avant de se l'injecter avec une seringue qu'il a trouvée dans la chambre!

(hum... pas une excellente idée pour guérir au plus vite!)

quand on lui demande pourquoi il a fait ça, il nous répond avec une candeur confondante. "Ben, ça agit mieux et plus vite!" .. certes! 

 

Le temps passe, l'infection régresse (pour le plus grand étonnement soulagement) de tout le monde!

 

Ludovic doit rester encore hospitalisé, il en a pour quelques semaines de traitement, mais a pu monter à l'étage, dans uen chambre "normale"...

Il charme aussi les infirmières de l'étage, il reste adorable... mais souvent, mes collègues retrouvent son statif (support à perfusion, ou "arbre à perfusion" ) dans un coin de l'étage, plus ou moins planqué, mais toujours soigneusement bouchonné... : Ludovic a décidé d'alle faire un tour en ville, dire bonjour à ses potes toxicomanes et, pourquoi pas, acheter quelques produits à mettre directement dans sa voie veineuse!

 

On l'aime bien Ludovic 

 

 


 

 

 

 

 


Par heidi70 - Publié dans : souvenirs et anecdotes - Communauté : Infirmières !!!
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Mercredi 27 mars 2013 3 27 /03 /Mars /2013 20:41

1-an.jpg

(trouvé sur http://blogs.cotemaison.fr)


je viens de réaliser qu'il y a une année que j'ai commencé ce blog...

Vous êtes 15'000 et des brouettes à être passé par ici, à avoir regardé certaines pages, lu certaines autres...

Je ne sais pas qui vous êtes, ni ce qui vous a attiré ici mais sachez que je vous remercie d'avoir porté un intéret à mes écrits, mes coups de blues et mes enthousiasmes...

L'an dernier, j'étais encore immobilisée à la maison, après mon accident de ski ( vis ma vie de blessée à ski ), j'ai appris que le poste que j'espérais était attribué à une collègue (et finalement, je ne le regrette pas...), et je me languissais de reprendr ele travail, ne sachant pas combien de temps j'allais être en arrêt accident!

 

Et actuellement? je prépare une course de 10 km, j'ai relevé un nouveau défi professionnel (je vous raconterai ceci une prochaine fois!), et j'ai découvert un univers riche de rencontres et de discussion par le biais de Twitter...

 

Bref, une année riche, pas telle que je le pensais, mais bien mieux que ce que je pouvais espérer!

 

Mais, cher lecteur, chère lectrice... si vous pensez à me laisser un petit mot, ça me ferait vraiment hyper-plaisir!

Par heidi70 - Publié dans : vis ma vie palpitante...
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Jeudi 21 mars 2013 4 21 /03 /Mars /2013 15:36

laideur.jpg   Quentin Massys
  Ill-Matched Lovers, c. 1520/1525

 

 

"Ne dis pas à ta soeur qu'elle est jolie, sinon, elle deviendra orgueilleuse!"

C'est avec cette injonction de sa grand-maman, plus une dose de jalousie de sa part, que Marine a juste sappé sa soeur et diminué sa confiance en elle...

 

Et Marine a grandi. En se trouvant laide. pas moche, hein... mais laide. Du coup, elle a cru que sa laideur allait lui ouvrir les portes du monde. Sa laideur et son agressivité. Difficile de se montrer gentille, délicate si on est laide.

Marine n'a jamais entendu sa mère dire à elle et à sa soeur qu'elles étaient belles, jolies, charmantes.

Du coup, Marine en a rajouté... ongles peints en noir, habits déchirés, regard dur, quelques chaines... Elle a fréquenté des "bad boys" (en fait des gentils gars, mais qui étaient eux aussi habillés de cuir, de clous et de jeans..)

 

Marine admirait sa soeur, qui était nettement plus fine, délicate, une vraie princesse... et Marine s'est retrouvée toute bête le jour de ses 20 ans, quand elle fêtait son bac et son anniversaire et que sa soeur a éclaté en sanglots en disant "Tu vois, toi, tu réussis tout et moi, je suis une ratée!"

 

Mais Marine ne se sentait pas dans la peau d'uen fille qui a tout réussi... bien au contraire, elle se trouvait toujours trop bête, trop laide pour pouvoir avancer.

Après l'agressivité est venu le temps de la timidité. Marine n'osait pas dire ce qui n'allait pas. Elle ne se sentait pas bien, ni dans sa peau, ni dans son univers.

Elle est partie à l'étranger, puis a commencé une formation professionnelle.

Elle a appris à s'occuper des autres. Les autres avec leurs regards blessants, leur mots durs.

Elle s'est dit qu'il fallait affronter plutôt que subir.

petit à petit, elle a compris que "les autres", ces fameuses gens, se sentaient pas forcément mieux qu'elle. Elle a appris à accepter les compliments. Enfin... elle leur prêtait peu de valeur, mais se sentait enfin concernée.

Elle a continué sa vie, trouvé un homme qui l'a trouve belle. si, si! il le lui a dit, mais qu'une fois...

Elle a eu des enfants, qui lui ont permis de sortir de son auto-insatisfaction... ses enfants sont beaux!

elle le sait, elle le leur a dit et ils se sentent beaux.

Elle est fière d'eux, de leur réussite.

Et elle a réalisé que ses enfants lui ressemblent, et s'ils sont beaux, pourquoi elle, elle ne serait pas jolie?

 

Elle se voit toujours un peu transparente dans le miroir, toujours les détails plutôt que l'ensemble, mais elle a vu des corps laids, des corps tordus, des visages souffrants et elle a trouvé ces personnes belles. Belles, non pas par ce qu'elles avaient à l'extérieur, mais belles dans les soins et le sourire, dans la gentillesse et la douceur, belle dans l'éclat qu'elles transmettent.

Et Marine a l'espoir que elle aussi, elle peut être irradiante plutôt que simplement jolie.

 

Marine, en vieillissant a compris que les regards sur elle, pour blessants qu'ils soient, ne sont que le reflet des personne qui les portent.

 

 

Par heidi70
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Mercredi 13 mars 2013 3 13 /03 /Mars /2013 13:14

 

 

07-domestic-violence-awareness-month-small.jpg

Hier, j'ai été suivre un cours sur la violence.

Cours très intéressant, animé par deux infirmiers en psychiatrie, destiné à l'ensemble du personnel de l'hôpital.

 

Pour commencer le cours, nos animateurs nous ont donné ce poème à lire:

 

La violence

 

La violence ne commence pas lorsque quelqu'un étrangle quelqu'un,

elle commence lorsque quelqu'un dit " Je t'aime, tu m'appartiens".

 

Le violence ne commence pas lorsque l'on tue les malades

elle commence lorsque quelqu'un dit "Tu es malade, tu dois faire ce que je dis."

 

La violence commencelorsque les parents dominent leurs enfants obéissants

et lorsque les papes, les maîtres et les parents exigent la maîtrise de soi.

 

La violence est là où l'Etat dit: "Pour combattre la violence il ne doit plus y avoir de violence en dehors de la mienne."

 

La violence est partout où quelqu'un ou quelque chose est trop grand ou trop sacré pour être critiqué,

où la critique ne peut que parler et où les grands et les sacrés peuvent faire plus que parler.

 

La violence règne là où il est dit: "Tu peux utiliser la violence" mais souvent aussi là où il est dit:

"Tu n'as pas le droit d'utiliser la violence"

 

La violence est là où on enferme l'adversaire et l'où on prétend que c'est lui qui l'a provoquée.

 

La violence repose sur cette loi: "Ce que nous faisons est juste, ce que font les autres est violence."

 

Peut-être qu'on ne peut jamais vaincre la violence par la violence

mais peut-être pas toujours... sans violence

 

Erich Fried (1987)               

 

Et j'ai repensé à ces épisodes de violence...

ceux que j'ai infligé: contention, brusquerie dans certains gestes, certains soins, paroles brusques, envers des patients souvent agités, mais aussi à cause de la fatigue, l'énervement, la lassitude.

Oui, j'ai été violente des fois consciemment, d'autres fois me surprenant moi-même.

J'ai aussi été très vite dans les contentions, l'immoblisation de patients alcoolisés ou drogués, par "prévention", mais aussi par ras-le-bol de voir toujours les mêmes personnes, avec les mêmes comportements et sachant très bien que si contentions chimiques et physique, ce sera une nuit lassante, avec aller et retour dans les chambres pour calmer le patient et lui demander de rester au lit, à l'hôpital...

Je sais bien que l'idéal des soins infirmiers est d'être bien-traitant, et je suis très loin d'être une infirmière idéale.

 

Il y a aussi la violence que j'ai subie, la violence physique: coups (poings ou jambes), morsures, main ou bras attrappés; la violence psychologique, où j'ai été méprisée par des patients ou des familles, dévalorisée, blessée par des remarques sur mon apparence, ma compétence,...

Il y a eu aussi la violence sexuelle... non, pas d'attouchements, mais les blagues salaces des patients ou de leurs accompagnants, les frolements et gestes équivoques quand on tourne le patient sur le côté et qu'il attrappe fesses ou seins ( fait-il exprès ou par accident? probablement c'est accidentel, quoique...)

La violence verbale, qui rejoint par certains points la violence sexuelle et psychologique... mais c'est celle que je supporte le moins. Autant je peux "comprendre", excuser des gestes violents (difficulté à gérer la frustration, envie de liberté, incapacité de discernement des certains patients (psychotiques, alcoolisés ou déemts), autant je me sens dépassée et profondément blessée par le langage cru, les mots vulgaires, les jurons...

Je ne sais pas "gérer" cette violence, je me sens toute petite, giflée... Je prends ces mots en pleine face et ils me font plus mal et durent plus longtemps que les blessures physiques infligées par d'autres patients...

 

Dans deux semaines, nous aurons la suite de ce cours, avec des jeux de rôle... un défi pour moi!

Par heidi70 - Publié dans : réflexions professionnelles - Communauté : Infirmières !!!
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