Lucette a 80 ans. Elle a une famille aimante qui l'entoure, malgré quelques tensions.
C'est une femme qui a beaucoup donné toute sa vie, qui était active longtemps.
Mais ces dernières années, les choses ont changé.
Elle est de moins en moins active, Lucette.
Elle a de la peine à se déplacer. Et elle habite une maison villageoise, à flanc de colline. Pour accéder chez elle, il faut grimper une dizaine de marches d'escalier. Pas bien raides, mais quand même, c'est difficile.
Il faut dire que Lucette a un surpoids important, des jambes avec des plaies qui ne veulent se fermer. Les infirmiers qui passent tous les deux jours appellent ça des ulcères.
Lucette a aussi de la peine à respirer. Se déplacer et respirer, c'est tout un problème. Dans l'idéal, elle aimerait faire une chose après l'autre: d'abord se déplacer, puis ensuite prendre son temps pour respirer. Mais bien sûr, ce n'est pas possible.
Du coup, comme elle a de la peine à respirer, marcher, monter les marches qui mènent chez elle, elle reste cloîtrée.
ou presque.
Son plaisir, c'était de faire le jardin. Oh fallait voir comme il était beau, son jardin! Des fleurs, des légumes, des fraises, les préférées de sa petite-fille!
Là, le jardin a été remplacé par une cour, vu qu'elle n'arrivait pas à s'en occuper. La cour, c'est pratique pour y mettre les voitures, comme ça, ses enfants et petits-enfants peuvent parquer devant chez elle quand ils viennent en visite, plutôt que dans la rue! oui, quand ils viennent en visite...
Elle sait bien, Lucette, que ses petis-enfants sont bien occupés. Sa petite-fille a 3 enfants, elle habite pas tout près.
Elle vient toujours avec plaisir, mais... pas très souvent. Son petit-fils? oui, il téléphone, mais il est souvent absent, à l'étranger, pour son travail.
Lucette sort de moins en moins, mais elle continue à jardiner sur son balcon... quelques géraniums, des pensées, des jardinières vivantes, jeunes, colorées...
Pas comme elle. Elle se sent inutile, Lucette. Elle se sent de trop.
Les infirmiers qui viennent 1 jour/2, les aides-soignantes qui viennent tous les jours la laver, il faut les payer!
sa fille, qui s'occupe de ses payements, dit que ce n'est pas un problème, qu'au contraire, il y a des aides de l'Etat pour payer tout ça.
Elle est bien gentille, la fille à Lucette, mais ça n'empêche pas sa mère de se faire du souci.
Elle n'a pas le moral, Lucette. C'est dur de voir tout s'effilocher... une vie active qui arrive à sa fin, dépendante des autres pour tout...
Alors Lucette a décidé de ne plus être un poids pour les autres, pour elle-même.
Elle a trouvé quelques produits de jardinage, en a fait un cocktail... et l'a bu...
L'infirmier l'a retrouvée peu bien, a appelé les secours, qui l'ont emmenée à l'hôpital.
Lucette s'y est endormie pour toujours...
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Quentin Massys

