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Jeudi 28 juin 2012 4 28 /06 /Juin /2012 19:01

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Période assez ardue en ce moment dans le service...

Plusieurs intubés, dont monsieur Louis qui va couci-couça... il a été intubé il y a quelques semaines, vit avec une trachéo et ne peut pas se passer longtemps du respirateur...

 

Mais c'est Monsieur Laurent qui me préoccupe.

Monsieur Laurent a une soixantaine d'années, mais un passé de BPCO lourd.

Il a fait déjà des séjours chez nous, de plus en plus importants, il va de moins en moins bien...

La première fois, il y a 2 ou 3 ans, il avait pu être sevré de la trachéo avant son départ de chez nous.

Il nous a promis de nous écrire une carte postale du lieu de convalescence dans les Alpes, promesse tenue.

On se souvient de lui, car il avait un moral d'acier, foi en la médecine et en ses représentants. Sa famille est venue souvent le voir et nous avons été émus par l'amour qu'ils se portent, sa femme et lui. Pas d'enfant, mais un neveu qui vient souvent le voir.

Ce neveu, on le connait aussi, car sa femme a été hospitalisée quelques temps chez nous. Et elle est actuellement dans notre service. Du reste, quand ce neveu est venu avant-hier, je l'ai expédié chez son oncle, je n'ai pas fait tout de suite le lien avec sa femme! Nous avons les deux éclaté de rire devant cette confusion! :-)

 

Revenons à Monsieur Laurent... donc, après son séjour dans les Alpes, il est retourné à domicile, requinquiqué et en assez bonne forme.

Jusqu'à l'automne dernier, où il a à nouveau dû être intubé, pour une décompensation BPCO sur pneumonie.

Un peu plus maigre, plus affaibli, il est resté des semaines chez nous, avec un pronostic sombre.

A nouveau son épouse est venue tous les jours, à nouveau elle l'a appelé de petits mots doux... Du reste, au bout d'une dizaine de jours , elle nous demandait au téléphone, tous les matins vers 6h45, des nouvelles de "Chouchou"...

Et nous devions lutter pour en pas lui dire "Chouchou a passé une bonne nuit" et rester assez professionnelles pour dire que "Votre mari a passé une bonne nuit".

 

Monsieur Laurent, porté par tant d'amour, sa rage de vivre, sa passion de la montagne (il m'a raconté, une fois que la trachéo a pu avoir un bouchon parlant, les virées à skis qu'il faisait il y a une trentaine d'années... les folies de descentes à travers forêts et rochers...), est sorti de notre service, trachéotomisé cette fois.

Les médecins avaient décidé de lui laisser la trachéo par mesure de prudence.

Il a donc pu passer quelques temps dans les Alpes, et ensuite est retourné à la maison.

 

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tube de trachéotomie

 


Et voilà qu'il y a une dizaine de jours, il a eu de la peine à souffler. Il a passé des jours et des nuits assis au bord du lit, à essayer de retrouver ce souffle qui lui manquait tant.

Et il y a quelques nuits, trop, c'était trop...

Il n'a pas réussi à trouver son souffle, malgré les sprays de Ventolin, de Sérétide, malgré les antibiotiques prescrits par son médecin traitant pour soigner sa pneumonie.

Je ne sais pas pourquoi il a attendu si longtemps avant de faire appeler les secours... Peur de retourner dans notre service? crainte d'être à nouveau intubé? Angoisse d'être séparé de sa Chouchou?

Mais voilà que le SMUR a été appelé pour lui. Le médecin, en arrivant, l'a intubé avec un tube orotrachéal dans la trachéo... et il a été amené dans notre service dans un état physique bien délabré...

Les côtes sont creusées, le visage est marqué, la peau est sèche, si fragile... la cortisone à haute dose fait ressembler son corps à un parchemin ancien...

Difficile pour moi de le reconnaître.

A son arrivée, sa PCO2 était à 135! (la norme est entre 35 et 45) et sa PO2 était bien basse...

Depuis, la PCO2 a baissé, mais nous n'avons toujours aucun contact avec Monsieur Laurent, il ne réagit pas aux soins... il est loin, très loin...

Et Chouchou (pardon, sa femme) qui m'explique qu'il avait des problèmes urinaires et de transit depuis quelques jours. Comment lui dire avec gentillesse que l'état de son chéri est bien plus grave qu'elle ne l'imagine?

Je n'ai rien dit en fait. Je lui ai tenu la main, je l'ai laissé parler, parler à son Chouchou...

Je pense qu'elle a réalisé que c'était très grave, mais elle ne veut pas, ne peut pas laisser partir son amoureux...

 

Par heidi70 - Publié dans : souvenirs et anecdotes - Communauté : Infirmières !!!
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Mardi 26 juin 2012 2 26 /06 /Juin /2012 19:58

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Voici plus d'une année que tu es partie, mais souvent je pense à toi...

J'ai envie de te téléphoner pour te demander la recette du "papet aux poreaux" (recette ici: papet vaudois), de te demander s'il faut battre un peu la crème avant de la mettre sur la pâte quand je fais un gâteau à la crème, si tu connaissais Mme Untelle dont j'ai vu l'avis de décès dans la "Feuille d'avis" (en prononçant le s final d'avis...), si...

 

Ton visage rond, avec ces rides de tellement d'expressions, tes yeux bleus, ton accent si vaudois, ton amour du terroir. Ta silhouette, petite, tout en rondeurs. Ton rire si prenant, tes expressions tonitruantes, des coups de colère, mais surtout ta tendresse, pudiquement cachée sous des airs bourrus...

 

Tu sais, quand je ferme les yeux, je te revois chez toi, il y a si longtemps, dans cet appartement ( 3 anciennes salles de classe transformées en un grand appartement...) le couloir glacé qu'il fallait emprunter pour aller de la cuisine à la chambre à coucher. La cuisine que tu fermais à clef avant d'aller te coucher, car "on ne sait jamais si un voleur venait!" (pour voler quoi? ). Cette cuisine que je revois avec la grande table en formica, le grand fourneau à bois qui servait de chauffage et de cuisinière, la cuisinière électrique, utilisée l'été surtout, la machine à laver le linge. C'est dans cette cuisine que toi et grand--papa vous laviez, dans une grande bassine en fer-blanc. Il fallait faire chauffer l'eau sur la cuisinière à bois, vous n'aviez que l'eau froide courante, jusqu'en 1977.

Je me souviens quand vous avez enfin été raccordé à l'eau chaude: Grand-papa, si pudique, était content qu'enfin il puisse se laver tous les jours dans une pièce intime!

Vous aviez une salle à manger-salon, mais la pièce à vivre était réellement cette cuisine, que je voyais si grande avec mes yeux d'enfants.

Vous dormiez dans la chambre à coucher sans chauffage, l'hiver, il y avait deux ou trois couches de couvertures sous le duvet en plumes...

La cave était en terre battue, sentait bon les légumes, les confitures, l'humidité... j'aimais bien cette odeur, et quand j'étais punie et que tu m'enfermais un moment dans la cave, j'étais folle de joie... J'imaginais pouvoir m'échapper en creusant la cave avec une cuillère en métal piquée à la cuisine!

 

Je me souviens de tes coups de colère, de ton franc-parler, de ta manière de rembarrer les gens qui t'enquiquinaient...

Du reste, quand je disais au village que j'étais ta petite-fille, les gens savaient très bien qui tu étais, et me demandaient si j'avais le même caractère que toi...

Souvent, tu effrayais ceux qui ne te connaissaient pas. Ils avaient peur d'être la cible de tes piques...

 

Pourtant, j'ai appris de toi la tolérance, à voir le côté positif des choses, à dire "On ne va pas se plaindre, il y a plus malheureux que nous", à aller rendre visite à tes amies du village ou plus loin, à pieds... à boire le thé à 16h avec des petits biscuits, à entrer dans une ferme par le long couloir, à toquer à la porte et à entrer, sans avoir peur des chiens...

A aller dans le jardin cueillir herbes, rhubarbe ou fraises...

A faire les confitures, à aimer les fêtes villageoises...

Avec grand-papa, j'ai appris à aimer jouer dans les graviers du cimetière: il s'occupait des allées, enlevait les mauvaises herbes... 

 

J'ai appris, avec vous deux, la valeur du travail bien fait...

 

Tu n'avais pas de formation, tu allais donc faire des ménages dans le village ou ailleurs afin de gagner de quoi mettre un peu de beurre dans les épinards... Ça, en revanche, je ne peux pas t'imiter, le ménage et moi sommes pas très copains! Mais quand il a fallu nettoyer et ranger ton appartement l'an dernier, j'ai vu, avec fierté, que tout était nickel, propre... les armoires étaient impeccables! et tu avais 89 ans!

 

L'an dernier... ton coeur était malade, bien fatigué. Tu as fait un OAP, que ta fille n'a pas su déceler... tu as attendu 2 jours que l'infirmière à domicile vienne et te fasse hospitaliser, après un coup de fil à ton médecin traitant.

Un peu de VNI et tu as passé le cap! mes enfants ont pu te revoir, et tu nous as fait rire! les infirmières et aides-soignants m'ont dit à quel point tu étais souriante, sympathique...

On parlait de convalescence, de transfert... et tu as rechuté... un autre OAP. Tu as supporté quelques heures la VNI, puis tu as dit "Ça suffit!, je n'en veux plus".

Là, nous sommes venues te voir: petites-filles et fille présentes... j'ai juste demandé qu'on te mette un peu de morphine i/v, j'en avais assez de te voir piquée toutes les demie-heures en sous-cutanné...

Moins de 30 minutes après que la morphine ait été mise en pousse-seringue, tu es partie...

 

Tu me manques...

Par heidi70 - Publié dans : souvenirs et anecdotes
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Dimanche 24 juin 2012 7 24 /06 /Juin /2012 16:20

 

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Pourtant nous sommes en Europe, pourtant nous sommes francophones...

Je me dis qu'il y a tellement de différences entre la France et la Suisse (enfin, ce que je connais de la France, ce que je connais de la Suisse!) que ça ne m'étonne pas qu'il y ait tant d'incompréhension(s) quand on n'a ni langue, ni culture commune!

 

Ça fait quelques temps que je m'amuse à mettre sur twitter des mots de patois vaudois. Et j'adore voir les définitions -improbables- qui me sont données pour des mots utilisés tous les jours

 

Mais, en même temps, nous avons quelques collègues français qui viennent travailler chez nous et qui ne comprennent pas forcément ce que veulent les gens...

Du coup, ça m'amuse de répertorier des mots et des expressions qui sont assez typiques de par chez moi:

  • "Mademoiselle, vous pouvez m'amener le vase, s'il vous plait?"  inutile de vous précipiter avec un vase à fleurs, la personne en face de vous ne saura pas quoi en faire... elle veut juste uriner sur le bassin...
  • "Passe-moi le tintébin et tu m'aideras à lever M.Auguste et tu m'accompagneras pour le faire marcher" : le collègue qui vous donne ces directives aimerait que le déambulateur se trouve assez près du lit, afin que M.Auguste puisse faire quelques pas
  • "ophtalmologue" n'est pas un petit nom, mais la manière qu'ici on a de nommer la spécialité... si vous parlez d'ophtamologiste, vous risquez de ne pas être compris...
  • "physiothérapeute, logopédiste " sont les mots utilisés pour "kinésithérapeute, orthophoniste"... il suffit de le savoir :-)
  • septante, huitante, nonante: amis français, sachez que pour nous les termes de soixante-dix, quatre-vingt-dix sont très compliqués à assimiler... si on vous corrige, c'est pour mieux comprendre... et si vous travaillez chez nous, c'est sympa de vous adapter au moins sur les chiffres! Honnêtement, j'ai de la peine à comprendre les chiffres à la française et il faut souvent que je calcule pour être certaine de vous avoir compris!
  • "comprimés, pilules, médicaments, pastilles" sont facilement compréhensibles pour la population que je soigne. Par contre, le terme cachet est réservé à la Poste ou, au mieux, à la manière de payer une vedette à la télé...
  • "La lavette" n'est pas une personne pleutre, mais est une serviette pour se laver, comme un gant de toilette, mais sans le fermeture qui fait "gant"
  • "Le linge" de toilette, c'est une serviette de toilette
  • "le duvet" c'est la couette; la fourre de duvet est la "housse de couette". Donc, vous aurez aussi compris que "fourrer" quelque chose n'est pas péjoratif, mais simplement recouvrir cette chose... (à la rentrée, les parents fourrent les cahiers des enfants... -> recouvrent les cahiers des enfants avec un papier solide)
  • "une pipette" c'est un gobelet à bec verseur... j'ai lu récemment qu'en France, ça se nommait un "canard"
  • Evidemment les noms de médicaments ne sont pas les mêmes... ni, plus ennuyeux, les unités utilisées pour la glycémie!

 

Je rajouterai des termes au fur et à mesure qu'ils me viennent à l'esprit... mais que ceux qui ont des anectodes n'hésitent pas à la partager!

Par heidi70 - Publié dans : souvenirs et anecdotes
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Mardi 19 juin 2012 2 19 /06 /Juin /2012 23:53

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et autres petits bonheurs...

 

mon billet précédent était un billet d'humeur, celui-ci sera de bonheur...

 

Une première petite gorgée de thé, doux et sucré, ce matin... quand M.Walter, que j'ai beaucoup vu ces derniers temps, avec qui j'ai échangé quelques mot en allemand, m'a hélée d'un tonitruant "Bonjour!" alors que j'arrivais dans le service. Quelques heures plus tard, il partait enfin à l'étage, après quelques semaines passées aux Soins Intensifs.

 

Une deuxième, au miel et à la vanille,  aujourd'hui aussi, lorsque M.Samuel me voit et essaye de m'expliquer plein de choses, malgré le fait qu'il est trachéotomisé, sans canule parlante et que la lecture labiale ne fait pas partie de mes qualités... En fait, il me demandait si j'habitait à la Rue Saint-Machin, à la GrandeVille. Il avait l'impression de m'avoir souvent croisée là-bas...

Et son sourire quand j'allais l'aspirer ou lui faire quelques soins me faisait chaud au coeur.

 

Une gorgée de tisane douce-amère, lorsque Mme Suzanne m'a dit qu'elle allait regretter que je ne sois pas là le lendemain, car elle n'avait pas confiance dans les autres de mes collègues...

 

Une gorgée de thé noir et revigorant en voyant Mme Solange avancer jusqu'à la Pédiatrie avec le physio, alors que quelques jours auparavent elle n'arrivait pas à tenir plus d'une heure au fauteuil.

 

Une gorgée de thé fruité lorsque des patients, vus quelques jours, quelques heures ou quelques semaines, nous envoient des mots de remerciement, de reconnaissance.

 

Une gorgée de camomille, amère, mais remettant l'estomac d'aplomb, lorsqu'arrive un faire-part de décès, avec un mot pour l'équipe soignante qui a bien pris soin de "Papa".

 

une gorgée de thé d'hiver, épicé, sucré, chaud et parfumé quand je pense à l'équipe que nous sommes, différents, avec nos cultures médicales venant de coins du monde variés, mais allant dans le but d'aider nos patients à aller mieux, ou alors à franchir la porte de la manière la plus sereine possible...

Par heidi70 - Publié dans : souvenirs et anecdotes
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Lundi 18 juin 2012 1 18 /06 /Juin /2012 13:13

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c'est l'impression que je me fais! :)

Ben oui, comme une vieille bique acariâtre, je ne supporte pas quand mes collègues jurent, ponctuent leurs phrases de "P**", "M***", "Chi**" et leurs variantes...

Je n'aime pas non plus entendre "M.Untel, sous Lasix i/v à 2mg/h, a bien pissé toute la nuit"

Je me hérisse quand j'entends "Oh fait chi** çui-là! il n'arrête pas de sonner, à croire qu'il le fait exprès!"

 

Oui, clairement, je suis une vieille bique. Je ne comprends rien au langage des jeunes!

Même que, peut-être, je n'ai jamais été jeune!

Et pis quoi, c'est clair que je ne vais pas dire que je n'ai jamais juré... ni pesté contre un patient...

Non, c'est clair!

Quand il y a a 12 sonnettes à la minute, qu'il y a 36 demandes en une seule phrase, qu'il y a exigeances et ordres multiples, je perds patience aussi.

Mais... j'essayed'être cohérente! je ne veux pas que mes enfants jurent à la maison (ils font ce qu'ils veulent à la cours de récré, mais ils en supportent les conséquences!), donc, je garde un langage assez châtié...

J'estime que les patients sont déjà assez affaiblis et perturbés d'être aux Soins Intensifs pour ne pas en surajouter...

 

J'ai eu la chance de suivre un cours sur la communication non-violente où j'ai appris certaines stratégies de communication, sur comment désamorcer des conflits...

Le langage est une arme tellement forte... dans la communication, on fait passer pensées, idées, empathies...

 

Alors, oui... je suis agressée par les mots violents, les jurons, la vulgarité...

Je rêve très fort que seul le langage professionnel et châtié ait cours dans mon univers de travail...

 

c'est vrai, je suis une vieille bique acariâtre, mais idéaliste :D

Par heidi70 - Publié dans : réflexions professionnelles
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