2014-04-07T16:02:58+02:00

Moment angoissant...

Publié par heidi70

Bip bip bip!

Oups, le natel vibre dans ma poche, ça y est je dois partir en mission Smur.

Je donne mon patient à ma collègue, en deux mots et je regarde le message: "Acc. imminent. Rue des Soucis, VilleLontaine"

Accident imminent? je ne tilte pas tout de suite, je file au vestiaire me changer et je croise mon médecin.

-"Tu connais VilleLointaine?"

-"Oui, j'habite tout près. La rue des Soucis, je vois bien où c'est, il y a un centre pour réfugiés là-bas"

-"Tu as vu le message. Bizarre quand même!"

On s'annonce à la radio et là, le régulateur nous dit: "C'est une jeune femme de 24 ans, 38 semaines de grossesse. Peu de renseignements"

Là, silence. mais silence épais genre brouillard sur une zone marécageuse une nuit d'hiver...

On ne se regarde pas, je reste concentrée sur la route, mais on soupire de concert.

Ma doctoresse rompt le silence: "Tu as déjà pratiqué un accouchement?"

-"Non, jamais. J'ai juste vu quelques accouchements pendant mon école d'infirmières"

(NDLR: oui, quand j'ai étudié, c'était en école d'infirmières... c'est vous dire le temps qui a passé!)

- "Bon, ben... j'espère que ça se passera bien, j'ai eu l'occasion d'aller en salle de naissance il y a quelques mois, mais je n'ai jamais pratiqué à domicile"

En route, le silence n'est interrompu que par le bruit des sirènes.

Ma doctoresse potasse ses algorithmes , j'essaye de me remémorer ce que nous avons dans le Smur pour les accouchements.

Médicaments, set d'accouchement, gants stériles...

 

Nous arrivons enfin à VilleLointaine. La jeune femme est pâle, semble souffrir, mais les contractions sont espacées et elle n'a pas encore rompu la poche des eaux...

Elle part dans l'ambulance avec la doctoresse. Elle accouchera quelques heures plus tard à l'hôpital.

Mais là, je me suis promis de faire "quelque chose" pour être plus à l'aise dans une telle situation... dans 2 jours, je passe 2x 12h en salle d'accouchement dans mon hôpital et d'ici 2 mois, je vais suivre un cours sur les urgences obstétricales pré-hospitalières... ;)

 

(entre-temps, j'ai ouvert un set obstétrical d'urgence... voici ce qu'on y trouve!)

Moment angoissant...

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2014-02-13T13:45:00+01:00

la maladie des coeurs brisés ou le piège à p(i/r)euvres

Publié par heidi70

Peut-on mourir d'amour?

pour moi, c'était possible, mais dû à une grosse dépression suite à la disparition (volontaire ou non) de l'être aimé.

Mais ça c'était avant...

 

Avant de d'avoir dans mon service une patiente, 80 ans, douleurs thoraciques typiques faisant penser à un infarctus (aussi appelé "crise cardiaque"). Ok, on la traite avec les moyens habituels: aspirine, dérivés nivrés pour faire diminuer la douleur et descendre la tension artérielle un peu trop haute, de l'oxygène.

L'ECG montre un segment ST surélevé, typique de l'infarctus, là aussi.

 

stemi-and-nstemi-ecg-illustration-PU.jpg

 

(donc en haut, un ECG normal, le rythme électrique du coeur tel qu'il devrait être; juste en-dessous le fameux segment ST surélevé, les deux en-dessous ne nous concernent pas dans cet article)

 

Du coup, Madame Violette est acheminée au CHU où les spécialistes lui font une coronarographie. Cet examen consiste à aller voir l'intérieur des artères coronaires, celles qui irriguent le coeur et qui permettent à ce muscle bien-aimé de remplir ses fonctions. Si une ou plusieurs de ces artères coronaires se bouchent, il se produit une souffrance, puis une nécrose (donc la mort tiussulaire) de ce muscle. C'est donc un infarctus (que les cardiologues me pardonnent si je simplifie un peu trop!)

Donc, Madame Violette est partie au CHU, toute tremblante...

-"Vous savez madame, ça fait à peine un mois que j'ai enterré mon mari, je me remets à peine et voilà que je dois aller faire cet examen qui me fait très peur. Mes enfants sont loin, ils ont aussi leurs soucis... "

Mes collègues ambulanciers et moi essayons de rassurer Madame Violette, qui part les larmes aux yeux.

Le lendemain, je retrouve Madame Violette dans mon service.

- " Déjà de retour?"

- " Oui, la coro était blanche, alors ils nous l'ont renvoyée"

(-> traduction: la coronarographie n'a rien montré, les coronaires sont propres, ce qui fait que le CHU, continuellement suroccupé, nous a renvoyé la patiente dans les plus brefs délais)

 

Bien... je retrouve une Madame Violette soulagée, mais intriguée...

-"Ils n'ont rien trouvé, mais je vous assure, j'ai eu mal!"

-"Oui, je vous crois. Du reste, votre tracé électrique était assez clair... On verra tout à l'heure avec le cardiologue qui viendra faire la visite!"

 

Le cardiologue arrive, regarde les ECG de Madame Violette, celui du jour et ceux qui ont précédés. Il se gratte le menton et murmure ces mots: "Tako-Tsubo"

 

-" Gné?"  "pardon? que dites-vous?"

(là, je me demande si la venue dans notre petite ville d'un restaurant japonais n'a pas altéré les sens de notre brave médecin... )

 

- "Ceci est un syndrome de tako-tsubo, on voit à l’échocardiographie une contraction ventriculaire gauche qui ressemble au tako-tsubo, mot japonais désignant les pièges à goulot étroit servant à capturer les pieuvres. Ce syndrome arrive principalement aux femmes âgées de 58 à 75 ans, ménopausées et exposées à un stress émotionnel ou physique intense. Les raisons qui expliquent leur prédisposition restent inexpliquées. L’un des principaux postulats avance cependant que la perte de protection œstrogénique suivant la ménopause pourrait avoir une répercussion sur la microcirculation et jouer un rôle significatif dans le phénomène de dilatation du ventricule gauche." 1

 

Madame Violette est encore restée une journée en observation chez nous, a reçu un traitement adapté, comme après un infarctus et a pu rentrer chez elle.

 

1) ce que j'ai mis dans la bouche de notre cardiologue vient d'ici: la cardiomyopathie de tako-tsubo,

(fiche explicative à l'usage d'infirmières canadiennes)

 


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2014-02-04T20:30:00+01:00

tu joues?

Publié par heidi70

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Il y a quelques mois en arrière, dans le cadre de la formation continue des intervenants du pré-hospitalier, un nouveau mandat est arrivé: donner un cours de formation continue dans une région où agissent en pré-hospitalier des pompiers et des ambulanciers. Pas de soucis? si... un peu... ces deux corps de métier étaient en bisbille (pourquoi??? je ne sais pas vraiment, des questions politiques probablement)

 

Ok, nous sommes partants! enfin... un peu plus perplexes quand le thème de la journée a été défini: les soins pré-hospitaliers aux patients brûlés... hum... comment dire?c'est pas un peu casse-gueule tête d'apprendre à des pompiers comment s'occuper de brûlés?

Votre infirmière préférée ( oui, je me la pète un peu... ) était fort dépourvue le thème venu... honnêtement, je ne me sentais vraiment pas à la hauteur...

Mais bon, vu les bisbilles déjà citées, le moyen le plus simple de réunir ces deux corps de métier était d'aborder un thème qui pourrait les relier...

Comme nous (ma copine M. et moi) ne sommes pas à un défi près, nous avons décidé de travailler sur le thème de la collaboration inter-équipages. Au départ, nous avons pensé à faire faire une prise en charge "classique" (une situation, un patient, un équipage qui prend en charge) en inversant les rôles... mwala mwala... pas vraiment convaincues: comment faire? comment faire participer tout le monde? est-ce que la mayonnaise va prendre?

 Maestro

 

Puis un collègue arrive à une séance de préparation avec un jeu "Il était une fois la vie" : il en parle en disant que c'est un jeu de plateau avec des questions, et le but est d'empêcher le personnage central de tomber malade. Chaque personne joue pour lui, mais toutes les personnes autour du plateau de jeu doivent s'entraider et collaborer : c'est tout le monde qui gagne ou perd...

eurekaEURÊKA! dans ma petite tête, je me dis que c'est une idée géniale, qui permettrait la collaboration entre tout le monde, dans une atmosphère ludique, mais de réflexion...

Mouaip... si j'avais su!!!

On se voit, avec ma copine M, on discute... on tombe d'accord pour faire ce jeu, mais:

- il faut créer les règles du jeu

- il faut créer des questions

- il faut que ça plaise

 

Bref, nous voici à présenter ce projet, mi-janvier... 50 questions chacune, une règle du jeu revisitée et un trac intense: si l'idée ne plaisait pas? sur quoi est-ce que nous partirions?

L'idée a plu... ouf!!!

 

Virus

Arrive le jour J, fin janvier. Le hasard du calendrier a voulu que ce soit moi qui sois présente le premier jour de cours...

 

Ah, les participants arrivent, tous à l'heure, tous souriants, tous présents... On se sent plus légères (oui, pour ce premier cours de formation continue les intervenants étaient des intervenantes...)

Les participants arrivent à tour de rôle, par groupe de 5-6 personnes. Ils se mélangent, rient, répondent, réfléchissent... Quand une questions est épineuse, chacun essaye de trouver la réponse, de s'aider mutuellement...

La meneuse de jeu que je suis se sent presque inutile, ce qui me semble être plutôt positif...

Le temps prévu pour cet atelier était d'une heure, mais le jeu ne dure pas si longtemps... que faire? proposer aux participants d'aller en pause plus vite? Que nenni! tous les groupes tirent de nouvelles cartes, répondent aux questions, se donnent des trucs, astuces, discutent du pourquoi et comment!

 

A la fin de la journée, j'avais prévu un petit cadeau pour l'équipe gagnante. Quelle ne furent pas ma joie et ma surprise de constater que l'équipe gagnante a distribué les chocolats entre tous les participants de la journée, intervenantes comprises!

 

plateau de jeu

 

Jolie conclusion du mandataire de la journée: tous les intervenants étaient réunis autour d'un patient afin de réfléchir et de l'aider le mieux possible

 

IEUFLaVie02

 

Pour le fun, je vous mets 2-3 questions ci-dessous:

 

 

Pourquoi est-il important d’essayer d’ôter les bijoux et les bagues des patients brûlés, même s’ils sont en dehors des zones atteintes ?

 

Comment peut-on expliquer une saturation d’oxygène plus basse que la normale chez les personnes âgées ?

a)  Baisse de la tonicité des sphincters et des réflexes de toux, provoquant des risques de broncho aspiration

b) Diminution de la capacité de fixation de l’hémoglobine

c) Modification anatomique de la cage thoracique et de la courbure rachidienne 

d) Toutes les réponses ci-dessus

 

 

L’alcool et la nicotine vont modifier la thermorégulation par leur pouvoir vasoactif, vrai ou faux ?

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2013-10-13T17:34:00+02:00

un petit caillou, un tout petit caillou...

Publié par heidi70

c'est fou ce qu'un tout petit caillou a pu me gâcher la vie...


Tout d'abord à cause de la douleur (mon mari m'a quand même fait remarquer que si je suis allée consulter c'est que ça devait vraiment me faire mal... on oublie quand on n'a plus mal!), puis
parce que je devais aller courir à Strasbourg avec ma copine @DocArnica (oui, c'est une copine de Twitter, donc je mets le petit @ ) le vendredi soir... par avance je salivais à l'idée de faire 5 km de nuit à Strasbourg, de me régaler de pains d'épices, thés, kougelhopf, bière alsacienne, etc.


C'est pas grand chose ce caillou, ou calcul (pour faire un peu savant) ou lithiase (pour faire encore plus savant).


Je pense qu'il était tout petit, mais que mon uretère n'avait pas vraiment envie de l'accepter!

Et comme j'aime bien étaler le peu de connaissances que j'ai, je mets un schéma tout simple montrant la structure rénale
reinsimage tirée de cette page: http://www.kidney.ca/page.aspx?pid=941

caillou1Le petit caillou, qui s'est formé tranquillemnent dans mon rein et qui paresseusement attendait son heure, a donc décidé qu'il était temps et qu'il lui fallait donc aller vivre sa vie.

Il a donc décidé de prendre son baluchon et d'aller explorer le vaste monde... en premier lieu, mon uretère (gauche pour être précise)


 


 


 


tobogganIl a donc pris le toboggan à sa portée... mais malheureusement pour
moi, il était un peu plus gros que le diamètre du toboggan et s'est donc coincé...


 


 


 


 


et donc voici pourquoi je me sentais ainsi!

calcul

dessin de Vincent Rif

 

 

 

Les calculs rénaux

Le système urinaire comprend les reins, les uretères, la vessie et l'urètre. Chaque élément joue un rôle important dans l'élimination des déchets sous forme d'urine.


Un calcul rénal est le résultat de la cristallisation de certaines substances chimiques dans votre urine. En adhérant les uns aux autres, ces cristaux peuvent former une pierre (calcul)
d'une grosseur allant d'un grain de sable à une balle de golf. La plupart des calculs se forment dans les reins. Les très petits calculs peuvent traverser l'appareil urinaire sans
problème, mais les calculs plus gros, en migrant dans le rein de l'uretère à la vessie, peuvent causer des douleurs intenses ; on parle alors d'une colique.
ce dernier paragraphe a été pris de ce site:  http://www.kidney.ca/page.aspx?pid=941#sthash.gEs3PDgQ.dpuf

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2013-09-22T14:46:00+02:00

et dans l'avenir?

Publié par heidi70

Quand j'ai fait mes études d'infirmière, au siècle dernier, autant dire au temps des dinosaures, j'ai rencontré dans l'hôpital où je faisais un de mes stages un médecin extraordinaire.

Mais là, il n'était pas en blouse blanche, avec le badge rouge, mais en chemise d'hôpital.

C'était un Monsieur (si,si, si, avec un grand M), d'une très grande gentillesse et surtout d'une vocation qui m'a sciée.

Il était communiste, tutoyait les soignants qui venaient vers lui (infirmières, médecins, aides-soignantes, même THE big boss du service!) et parlait de son métier avec amour. Il partait en plein milieu de la nuit si on avait besoin de lui, prenait des nouvelles des patients qu'il suivait, ne se faisait pas payer si les gens n'avaient pas les moyens...

Mais s'il se faisait abuser? bah, il haussait les épaules et n'en tenait pas rigueur... et je crois que, finalement, pas grand'monde ne l'abusait, comment abuser un médecin compétent et humain?

 

Mais cette image du médecin "à l'ancienne" était déjà obsolète il y a 25 ans... en effet, les médecins qui veulent s'installer doivent trouver un cabinet, vaincre les problèmes administratifs (je parle de la Suisse qui a gelé les nouvelles installations de médecins, invoquant la "clause du besoin", pour baisser les coûts de la santé publique) et a créé une situation un peu absurde, comme vous pouvez le lire dans cet article datant déjà de 2007!

 

0712traditionaldoctor.jpg

Oui, un métier d'avenir, car la population vieillit, a et aura de plus en plus de peine à se déplacer.

Car les familles vont s'installer à la campagne, car la vie est moins chère, et ont besoin d'un médecin de référence, connaissant les pathologies de toutes les tranches d'âge de la population...

Oui, car les soins de santé primaire sont une évidence... la prévention, le suivi, les conseils, la collaboration avec les infirmières à domicile, les auxilliaires de vie et tous les partenaires de la santé, sans oublier les pharmaciens... permettent à "Monsieur et Madame ToutLeMonde" de rester chez eux et dans leurs repères...

 

Alors?

En Suisse, je ne sais pas, mais en France, ça bouge... les médecins généralistes veulent se faire entendre, se montrer, défendre leur vision de la médecine.

De là, il y a eu l'an dernier une nuée de propositions adressées à la Ministre de la Santé... et cette année, il y a ceci, que je vous invite à lire attentivement:

( vous pouvez trouver le même texte et y laisser des commantaires ici ou alors sur Facebook ou Twitter

Médecine générale 2.0

Les propositions des médecins généralistes blogueurs pour faire renaître la médecine générale

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur le territoire  ? Chacun semble avoir un avis sur ce sujet, d’autant plus tranché qu’il est éloigné des réalités du terrain.

Nous, médecins généralistes blogueurs, acteurs d’un « monde de la santé 2.0 », nous nous reconnaissons mal dans les positions émanant des diverses structures officielles qui, bien souvent, se contentent de défendre leur pré carré et s’arc-boutent sur les ordres établis.

À l’heure où les discussions concernant l’avenir de la médecine générale font la une des médias, nous avons souhaité prendre position et constituer une force de proposition.

Conscients des enjeux et des impératifs qui sont devant nous, héritages d’erreurs passées, nous ne souhaitons pas nous dérober à nos responsabilités. Pas plus que nous ne souhaitons laisser le monopole de la parole à d’autres.

Notre ambition est de délivrer à nos patients des soins primaires de qualité, dans le respect de l’éthique qui doit guider notre exercice, et au meilleur coût pour les budgets sociaux. Nous souhaitons faire du bon travail, continuer à aimer notre métier, et surtout le faire aimer aux générations futures de médecins pour lui permettre de perdurer.

Nous pensons que c’est possible.

Sortir du modèle centré sur l’hôpital

La réforme de 1958 a lancé l’hôpital universitaire moderne. C’était une bonne chose qui a permis à la médecine française d’atteindre l’excellence, reconnue internationalement.

Pour autant, l’exercice libéral s’est trouvé marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. En 50 ans, l’idée que l’hôpital doit être le lieu quasi unique de l’enseignement médical s’est ancrée dans les esprits. Les universitaires en poste actuellement n’ont pas connu d’autre environnement.

L’exercice hospitalier et salarié est ainsi devenu une norme, un modèle unique pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice libéral qu’ils n’ont jamais rencontré pendant leurs études.

C’est une profonde anomalie qui explique en grande partie nos difficultés actuelles.

Cet hospitalo-centrisme a eu d’autres conséquences dramatiques :
- Les médecins généralistes (MG) n’étant pas présents à l’hôpital n’ont eu accès que tout récemment et très partiellement à la formation des étudiants destinés à leur succéder.
- Les budgets universitaires dédiés à la MG sont ridicules en regard des effectifs à former.
- Lors des négociations conventionnelles successives depuis 1989, les spécialistes formés à l’hôpital ont obtenu l’accès exclusif aux dépassements d’honoraires créés en 1980, au détriment des généralistes contraints de se contenter d’honoraires conventionnels bloqués.

Pour casser cette dynamique mortifère pour la médecine générale, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

Cette réforme aura un double effet :
- Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice.
- Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire. Nous faisons l’analyse que toute mesure visant à obliger les jeunes MG à s’installer en zone déficitaire aurait un effet majeur de repoussoir. Elle ne ferait qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

C’est au contraire une véritable réflexion sur l’avenir de notre système de santé solidaire que nous souhaitons mener. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’erreurs considérables commises avec la complicité passive de confrères plus âgés, dont certains voudraient désormais en faire payer le prix aux jeunes générations.

Idées-forces

Les idées qui sous-tendent notre proposition sont résumées ci-dessous, elles seront détaillées ensuite.

Elles sont applicables rapidement.

1) Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.

2) Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital : les MSP se voient attribuer un statut universitaire et hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique. Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

3) Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner : statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

4) Création d’un nouveau métier de la santé : « Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt » (AGI). Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt.

1) 1000 Maisons Universitaires de Santé

Le chiffre paraît énorme, et pourtant... Dans le cadre d’un appel d’offres national, le coût unitaire d’une MUSt ne dépassera pas le million d’euros (1000 m2. Coût 900 €/m2).

Le foncier sera fourni gratuitement par les communes ou les intercommunalités mises en compétition pour recevoir la MUSt. Il leur sera d’ailleurs demandé en sus de fournir des logements à prix très réduit pour les étudiants en stage dans la MUSt. Certains centres de santé municipaux déficitaires pourront être convertis en MUSt.

Au final, la construction de ces 1000 MUSt ne devrait pas coûter plus cher que la vaccination antigrippale de 2009 ou 5 ans de prescriptions de médicaments (inutiles) contre la maladie d’Alzheimer. C’est donc possible, pour ne pas dire facile.

Une MUSt est appelée à recevoir des médecins généralistes et des paramédicaux. La surface non utilisée par l’activité de soin universitaire peut être louée à d’autres professions de santé qui ne font pas partie administrativement de la MUSt (autres médecins spécialistes, dentiste, laboratoire d’analyse, cabinet de radiologie...). Ces MUSt deviennent de véritables pôles de santé urbains et ruraux.

Le concept de MUSt fait déjà l’objet d’expérimentations, dans le 94 notamment, il n’a donc rien d’utopique.

2) L’université dans la ville

Le personnel médical qui fera fonctionner ces MUSt sera constitué en grande partie d’internes et de médecins en post-internat :

- Des internes en médecine générale pour deux de leurs semestres qu’ils passaient jusqu’ici à l’hôpital. Leur cursus comportera donc en tout 2 semestres en MUSt, 1 semestre chez le praticien et 3 semestres hospitaliers. Ils seront rémunérés par l’ARS, subrogée dans le paiement des honoraires facturés aux patients qui permettront de couvrir une partie de leur rémunération. Le coût global de ces internes pour les ARS sera donc très inférieur à leur coût hospitalier du fait des honoraires perçus.

- De chefs de clinique universitaire de médecine générale (CCUMG), postes à créer en nombre pour rattraper le retard pris sur les autres spécialités. Le plus simple est d’attribuer proportionnellement à la médecine générale autant de postes de CCU ou assimilés qu’aux autres spécialités (un poste pour deux internes), soit un minimum de 3000 postes (1500 postes renouvelés chaque année). La durée de ce clinicat est de deux ans, ce qui garantira la présence d’au moins deux CCUMG par MUSt. Comme les autres chefs de clinique, ces CCUMG sont rémunérés à la fois par l’éducation nationale (part enseignante) et par l’ARS, qui reçoit en retour les honoraires liés aux soins délivrés. Ils bénéficient des mêmes rémunérations moyennes, prérogatives et avantages que les CCU hospitaliers.

Il pourrait être souhaitable que leur revenu comprenne une base salariée majoritaire, mais aussi une part variable dépendant de l’activité (par exemple, 20 % du montant des actes pratiqués) comme cela se pratique dans de nombreux dispensaires avec un impact significatif sur la productivité des consultants.

- Des externes pour leur premier stage de DCEM3, tel que prévu par les textes et non appliqué faute de structure d’accueil. Leur modeste rémunération sera versée par l’ARS. Ils ne peuvent pas facturer d’actes, mais participent à l’activité et à la productivité des internes et des CCUMG.

- Des médecins seniors au statut mixte : les MG libéro-universitaires. Ils ont le choix d’être rémunérés par l’ARS, subrogée dans la perception de leurs honoraires (avec une part variable liée à l’activité) ou de fonctionner comme des libéraux exclusifs pour leur activité de soin. Une deuxième rémunération universitaire s’ajoute à la précédente, liée à leur fonction d’encadrement et d’enseignement. Du fait de l’importance de la présence de ces CCUMG pour lutter contre les déserts médicaux, leur rémunération universitaire pourra être financée par des budgets extérieurs à l’éducation nationale ou par des compensations entre ministères.

Au-delà de la nouveauté que représentent les MUSt, il nous paraît nécessaire, sur le long terme, de repenser l’organisation du cursus des études médicales sur un plan géographique en favorisant au maximum la décentralisation hors CHU, aussi bien des stages que des enseignements.

En effet, comment ne pas comprendre qu’un jeune médecin qui a passé une dizaine d’années dans sa ville de faculté et y a construit une vie familiale et amicale souhaite bien souvent y rester  ?

Une telle organisation existe déjà, par exemple, pour les écoles infirmières, garantissant une couverture assez harmonieuse de tout le territoire par cette profession, et les nouvelles technologies permettent d’ores et déjà, de manière simple et peu onéreuse, cette décentralisation pour tous les enseignements théoriques.

3) Incitation plutôt que coercition : des salaires aux enchères

Le choix de la MUSt pour le bref stage de ville obligatoire des DCEM3 se fait par ordre alphabétique avec tirage au sort du premier à choisir, c’est la seule affectation qui présente une composante coercitive.

Le choix de la MUSt pour les chefs de clinique et les internes se pratique sur le principe de l’enchère : au salaire de base égal au SMIC est ajouté une prime annuelle qui sert de régulateur de choix : la prime augmente à partir de zéro jusqu’à ce qu’un(e) candidat(e) se manifeste. Pour les MUSt « difficiles », la prime peut atteindre un montant important, car elle n’est pas limitée. Par rapport à la rémunération actuelle d’un CCU (45 000 €/an), nous faisons le pari que la rémunération globale moyenne n’excédera pas ce montant.

En cas de candidats multiples pour une prime à zéro (et donc une rémunération de base au SMIC pour les MUSt les plus attractives) un tirage au sort départage les candidats.

Ce système un peu complexe présente l’énorme avantage de ne créer aucune frustration puisque chacun choisit son poste en mettant en balance la pénibilité et la rémunération. De plus, il permet d’avoir la garantie que tous les postes seront pourvus.

Ce n’est jamais que la reproduction du fonctionnement habituel du marché du travail : l’employeur augmente le salaire pour un poste donné jusqu’à trouver un candidat ayant le profil requis et acceptant la rémunération. La différence est qu’il s’agit là de fonctions temporaires (6 mois pour les internes, 2 ans pour les chefs de clinique) justifiant d’intégrer cette rémunération variable sous forme de prime.

Avec un tel dispositif, ce sont 6 000 médecins généralistes qui seront disponibles en permanence dans les zones sous-médicalisées : 3000 CCUMG et 3000 internes de médecine générale.

4) Un nouveau métier de la santé : AGI de MUSt

Les MUSt fonctionnent bien sûr avec une ou deux secrétaires médicales suivant leur effectif médical et paramédical.

Mais la nouveauté que nous proposons est la création d’un nouveau métier : Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt. Il s’agit d’un condensé des fonctions remplies à l’hôpital par les agents administratifs et les cadres de santé hospitaliers.

C’est une véritable fonction de cadre supérieur de santé qui comporte les missions suivantes au sein de la MUSt : — Gestion administrative et technique (achats, coordination des dépenses…). — Gestion des ressources humaines. — Interfaçage avec les tutelles universitaires — Interfaçage avec l’ARS, la mairie et le Conseil Régional — Gestion des locaux loués à d’autres professionnels.

Si cette nouvelle fonction se développe initialement au sein des MUSt, il sera possible ensuite de la généraliser aux cabinets de groupes ou maisons de santé non universitaires, et de proposer des solutions mutualisées pour tous les médecins qui le souhaiteront.

Cette délégation de tâches administratives est en effet indispensable afin de permettre aux MG de se concentrer sur leurs tâches réellement médicales : là où un généraliste anglais embauche en moyenne 2,5 équivalents temps plein, le généraliste français en est à une ½ secrétaire  ; et encore, ce gain qualitatif représente-t-il parfois un réel sacrifice financier.

Directement ou indirectement, il s’agit donc de nous donner les moyens de travailler correctement sans nous disperser dans des tâches administratives ou de secrétariat.

Une formule innovante : les « chèques-emploi médecin »

Une solution complémentaire à l’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses [1].

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien) employés par les cabinets de médecins libéraux, équivalent du chèque-emploi pour les familles.

Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

Cette solution stimulerait l’emploi dans les déserts médicaux et pourrait donc bénéficier de subventions spécifiques. Le chèque-emploi servirait ainsi directement à une amélioration qualitative des soins et à dégager du temps médical pour mieux servir la population.

Il est beaucoup question de « délégation de tâche » actuellement. Or ce ne sont pas les soins aux patients que les médecins souhaitent déléguer pour améliorer leur disponibilité : ce sont les contraintes administratives  ! Former des agents administratifs est bien plus simple et rapide que de former des infirmières, professionnelles de santé qualifiées qui sont tout aussi nécessaires et débordées que les médecins dans les déserts médicaux.

Aspects financiers : un budget très raisonnable

Nous avons vu que la construction de 1000 MUSt coûtera moins cher que 5 ans de médicaments anti-Alzheimer ou qu’une vaccination antigrippale comme celle engagée contre la pandémie de 2009.

Les internes étaient rémunérés par l’hôpital, ils le seront par l’ARS. Les honoraires générés par leur activité de soin devraient compenser les frais que l’hôpital devra engager pour les remplacer par des FFI, permettant une opération neutre sur le plan financier, comme ce sera le cas pour les externes.

La rémunération des chefs de clinique constitue un coût supplémentaire, à la mesure de l’enjeu de cette réforme. Il s’agit d’un simple rattrapage du retard pris dans les nominations de CCUMG chez les MG par rapport aux autres spécialités. De plus, la production d’honoraires par les CCUMG compensera en partie leurs coûts salariaux. La dépense universitaire pour ces 3000 postes est de l’ordre de 100 millions d’euros par an, soit 0,06 % des dépenses de santé françaises. À titre de comparaison, le plan Alzheimer 2008-2012 a été doté d’un budget de 1,6 milliard d’euros. Il nous semble que le retour des médecins dans les campagnes est un objectif sanitaire, qui justifie lui aussi un « Plan » et non des mesures hâtives dépourvues de vision à long terme.

N’oublions pas non plus qu’une médecine de qualité dans un environnement universitaire est réputée moins coûteuse, notamment en prescriptions médicamenteuses. Or, un médecin « coûte » à l’assurance-maladie le double de ses honoraires en médicaments. Si ces CCUMG prescrivent ne serait-ce que 20 % moins que la moyenne des autres prescripteurs, c’est 40 % de leur salaire qui est économisé par l’assurance-maladie.

Les secrétaires médicales seront rémunérées en partie par la masse d’honoraires générée, y compris par les « libéro-universitaires », en partie par la commune ou l’intercommunalité candidate à l’implantation d’une MUSt.

Le reclassement des visiteurs médicaux

Le poste d’Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt constitue le seul budget significatif créé par cette réforme. Nous avons une proposition originale à ce sujet. Il existe actuellement en France plusieurs milliers de visiteurs médicaux assurant la promotion des médicaments auprès des prescripteurs. Nous savons que cette promotion est responsable de surcoûts importants pour l’assurance-maladie. Une solution originale consisterait à interdire cette activité promotionnelle et à utiliser ce vivier de ressources humaines libérées pour créer les AGI. En effet, le devenir de ces personnels constitue l’un des freins majeurs opposés à la suppression de la visite médicale. Objection recevable ne serait-ce que sur le plan humain. Ces personnels sont déjà répartis sur le territoire, connaissent bien l’exercice médical et les médecins. Une formation supplémentaire d’un an leur permettrait d’exercer cette nouvelle fonction plus prestigieuse que leur ancienne activité commerciale. Dans la mesure où leurs salaires (industriels) étaient forcément inférieurs aux prescriptions induites par leurs passages répétés chez les médecins, il n’est pas absurde de penser que l’économie induite pour l’assurance-maladie et les mutuelles sera supérieure au coût global de ces nouveaux agents administratifs de ville. Il s’agirait donc d’une solution réaliste, humainement responsable et économiquement neutre pour l’assurance maladie.

Globalement, cette réforme est donc peu coûteuse. Nous pensons qu’elle pourrait même générer une économie globale, tout en apportant plusieurs milliers de soignants immédiatement opérationnels là où le besoin en est le plus criant.

De toute façon, les autres mesures envisagées sont soit plus coûteuses (fonctionnarisation des médecins libéraux) soit irréalisables (implanter durablement des jeunes médecins là où il n’y a plus d’école, de poste, ni de commerces). Ce n’est certainement pas en maltraitant davantage une profession déjà extraordinairement fragilisée qu’il sera possible d’inverser les tendances actuelles.

Calendrier

La réforme doit être mise en place avec « agilité ». Le principe sera testé dans des MUSt expérimentales et modifié en fonction des difficultés rencontrées. L’objectif est une généralisation en 3 ans. Ce délai permettra aux étudiants de savoir où ils s’engagent lors de leur choix de spécialité. Il permettra également de recruter et former les maîtres de stage libéro-universitaires  ; il permettra enfin aux ex-visiteurs médicaux de se former à leurs nouvelles fonctions.

Et quoi d’autre  ?

Dans ce document, déjà bien long, nous avons souhaité cibler des propositions simples et originales. Nous n’avons pas voulu l’alourdir en reprenant de nombreuses autres propositions déjà exprimées ailleurs ou qui nous paraissent dorénavant des évidences, par exemple :

- L’indépendance de notre formation initiale et continue vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique ou de tout autre intérêt particulier.
- La nécessité d’assurer une protection sociale satisfaisante des médecins (maternité, accidents du travail…).
- La nécessaire diversification des modes de rémunération. Si nous ne rejetons pas forcément le principe du paiement à l’acte – qui a ses propres avantages – il ne nous semble plus pouvoir constituer le seul socle de notre rémunération. Il s’agit donc de :
— Augmenter la part de revenus forfaitaires, actuellement marginale.
— Ouvrir la possibilité de systèmes de rémunération mixtes associant capitation et paiement à l’acte ou salariat et paiement à l’acte.
— Surtout, inventer un cadre flexible, car nous pensons qu’il devrait être possible d’exercer la « médecine de famille » ambulatoire en choisissant son mode de rémunération.
- La fin de la logique mortifère de la rémunération à la performance fondée sur d’hypothétiques critères « objectifs », constat déjà fait par d’autres pays qui ont tenté ces expériences. En revanche, il est possible d’inventer une évaluation qualitative intelligente à condition de faire preuve de courage et d’imagination.
- La nécessité de viser globalement une revalorisation des revenus des généralistes français qui sont aujourd’hui au bas de l’échelle des revenus parmi les médecins français, mais aussi en comparaison des autres médecins généralistes européens. D’autres pays l’ont compris : lorsque les généralistes sont mieux rémunérés et ont les moyens de travailler convenablement, les dépenses globales de santé baissent  !

Riche de notre diversité d’âges, d’origines géographiques ou de mode d’exercice, et partageant pourtant la même vision des fondamentaux de notre métier, notre communauté informelle est prête à prendre part aux débats à venir.

Dotés de nos propres outils de communication (blogs, forums, listes de diffusion et d’échanges, réseaux sociaux), nous ambitionnons de contribuer à la fondation d’une médecine générale 2.0.

Ce document est né de la révolte de jeunes médecins généralistes face à la proposition par l’Ordre des médecins de mesures coercitives pour lutter contre les déserts médicaux. Une communauté informelle d’une vingtaine de médecins blogueurs s’est constituée autour de cette révolte et réfléchit depuis deux mois pour élaborer des propositions concrètes et constructives. Il ne s’agit pas pour nous de supplanter les syndicats ou les autres représentations professionnelles. Nous avons simplement choisi d’utiliser nos sites pour communiquer sur nos attentes et pour aider à reconstruire une profession aussi indispensable que malmenée depuis plus de 50 ans.

Bien qu’Atoute centralise les signatures de soutien, je ne suis pas l’initiateur de ce projet qui est fondamentalement collectif et communautaire.

Voici la liste des blogueurs participants, sachant que certains confrères qui ont participé au débat ne figurent pas dans cette liste. AliceRedSparrowBorée - Bruit des sabotsChristian Lehmann - Doc Maman - Doc Souristine - Doc Bulle - Docteur Milie - Docteur V - Dominique Dupagne - Dr Couine - Dr Foulard - Dr Sachs Jr - Dr Stéphane - Dzb17 - Euphraise - Farfadoc - Fluorette - GéluleGenou des Alpages - Granadille - Jaddo - Matthieu Calafiore - Yem

Vous pouvez soutenir ces propositions en signant ci-dessous, avec ou sans commentaire.

Un espace de discussion (forum) est disponible en fin de page, sous la liste des signataires.

Notes

[1] À titre d’exemple, pour 100 patients enregistrés, la caisse abonderait l’équivalent de 2 ou 2,5 heures d’emploi hebdomadaires et le médecin aurait la possibilité de prendre ces "tickets" en payant une somme équivalente (pour arriver à un temps plein sur une patientèle type de 800 patients).

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2013-09-20T11:52:00+02:00

Vous, je ne vous vois pas souvent, mais...

Publié par heidi70

Je sais que vous êtes là si j'ai besoin de vous!

Oui, c'est vrai que la première fois que je vous ai vu, c'était il y a 2 ans, quand j'ai changé d'assurance et que, pour payer moins cher mes primes mensuelles1, il fallait que je vous cherche, vous trouve et vous voie.

Vous avez pris le temps de me parler, de m'ausculter, de noter tous mes petits antécédants.

Vous avez fait faire quelques prises de sang, puis vous m'avez revue pour me donner les résultats...

Vous avez su vous adapter à mes connaissances, à ma compréhension des données.

Vous m'avez aussi un peu parlé de vous, du stage que vous aviez fait au Smur quelques mois avant de vous installer.

Chouette, du coup, vous avez aussi une expérience qui me parle!

Vous êtes jeune, vous vous êtes installé dans ce cabinet de groupe avec deux autres jeunes médecins comme vous.

C'est un plaisir de voir la relève, ça me soulage aussi de savoir que vous pourrez me suivre encore quelques années...

J'avais promis de vous amener mon ECG, fait à l'hôpital, il est toujours dans le meuble de l'entrée, honte à moi!

 

Je vous ai zappé l'an dernier pour mon problème de hanche: ce n'est pas que je n'avais pas confiance, c'est que l'hôpital A m'a demandé de voir un spécialiste pour les suites de traitement... par contre, je sais que l'orthopédiste vous a envoyé une copie des différents courriers. Peut-être que vous avez été surpris de les lire alors qu'on ne s'est vus que deux fois?

 

Bref, vous, MON médecin de famille, MON généraliste, je vous souhaite de toujours avoir du plaisir dans votre profession, même si mon souhait le plus cher est de vous voir le moins possible (ici, pas de certificat médical pour le sport, une raison de moins de passer vous voir!). Je vous remercie de votre empathie, de votre énergie et surtout de vous être installé dans cette toute petite ville qui empêche ma région d'être un désert médical...

MEDECINS_EN_GREVE.jpg

En Suisse aussi le risque est grand que le médecin généraliste devienne une espère en voie de disparition

 

1) en Suisse, l'assurance-maladie est obligatoire, mais les caisses sont privées... les primes mensuelles sont calculées en fonction de l'âge, du lieu d'habitation et de la franchise choisie.

 

Alors, en tant qu'infirmière, mais aussi en tant que patiente, j'ai besoin de mon médecin généraliste et je n'ai pas envie d'être #PrivéeDeMG (petit clin d'oeil à ce qui se passe sur Twitter)

 

Annexes:

Sur le site 24heures.ch, il y a un très chouette article sur deux doctoresses qui ont fait le choix de la campagne, vous pouvez le lire ici -> article sur les médecins généralistes

 

A la fin de l'article, j'ai lu ceci, que je vous remets in extenso:

"Selon une recommandation de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), un système de santé centré sur la médecine de famille devrait disposer d’un généraliste pour 1000 habitants – soit environ 8000 dans notre pays. Or, on en comptait 7136 en 2011, contre 7715 en 2003 (statistiques de la Fédération suisse des médecins, la FMH).

D’après l’association des médecins de famille et de l’enfance suisse, il faudrait ouvrir chaque année 270 nouveaux cabinets pour atteindre les objectifs de l’OCDE. Il faut préciser que les généralistes helvétiques ont, en moyenne, 57 ans. Et dans cinq ans, la moitié d’entre eux seront en âge de prendre leur retraite. Ni SantéSuisse ni la FMH ne possèdent de statistiques régionales. Toutefois, tous le confirment: la pénurie est particulièrement marquée dans les régions périphériques.

Pour augmenter l’attrait de leur métier, les généralistes ont déposé une initiative populaire: «Oui à la médecine de famille». La Confédération et les Cantons ont annoncé dans la foulée leur volonté de former 300 médecins de plus par année, et ce dès 2018-2019. Mais comment motiver les nouvelles recrues à suivre la voie souhaitée? Un plan d’action doit promouvoir la médecine générale – au niveau de la formation et des rémunérations. On devrait en connaître les détails en mars 2013, et s’ils leur conviennent, les généralistes pourraient retirer leur initiative.

Si la pénurie guette d’un côté, c’est le trop-plein de l’autre. Depuis la fin du moratoire sur l’ouverture de nouveaux cabinets médicaux, en janvier, 1420 praticiens ont obtenu l’autorisation de s’installer dans le privé (chiffres à la fin du mois d’août). Reste que trois quarts d’entre eux sont des spécialistes. Et que la plupart choisissent les grandes villes. A fin juillet, 266 autorisations avaient ainsi été octroyées dans le canton de Zurich, 179 à Genève et 111 dans le canton de Vaud."

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2013-09-17T17:30:00+02:00

soignante ou infirmière?

Publié par heidi70

il y a des jours où je me questionne bêtement...

sur la sémantique par exemple...

 

je soigne donc je suis... donc je suis une soignante ? donc je suis une infirmière?

 

voici ce que je trouve sous soignante sur google (première image)

soignante.png

Elle a l'air gentille, un peu timide et elle a des chaussures juste inadaptées pour faire des kilomètres, risquer d'avoir des liquides biologiques ou des plateaux-repas sur les pieds...

 

Maintenant j'ai fait la même chose avec infirmière... première image de google

 

infirmier.jpg

elle a l'air sévère, déterminée et a deux attributs que la première n'a pas: une seringue et une coiffe...

(les chaussures ne sont pas beaucoup plus adaptées: les talons hauts alors qu'on doit courir pour réanimer, ça le fait moyen...)

 

Bon, que voulais-je dire par là...?

En suisse-allemand, le terme de "Krankenschwester" (littéralement: la soeur des malades, à connotation religieuse) a été remplacé par le terme de "Krankenpflegerin" (la soignante des malades, à connotation bien plus neutre... et aussi plus facile à décliner au masculin!)

Et en français?

le terme "infirmière"  renvoie selon le Larousse 2009 à "Personne habilitée à assurer la surveillance des malades et les soigner sur prescription médicale" (et les soins autonomes? que nenni, c'est pas dans la définition!)

le terme "soignante" renvoie, toujours selon le Larousse 2009, à "Se dit d'une personne qui donne des soins, en particulier quand elle n'est pas médecin".

 

Bien, en fait, je n'en sais toujours pas plus... je suis quoi? infirmière? non, parce que je soigne des personnes sans prescription médicale... enfin, le plus souvent, il y a une prescription, mais dans l'absolu les soins de bouche, les soins d'escarre, les soins de pieds, les toilettes et autres ne sont pas sur prescription médicale, à ce que je sache...

Et pour moi, ça fait partie des "soins infirmiers", tout autant que le respect des prescriptions sur le nombre d'unités d'insuline ou d'héparine...

Je suis soignante? oui, car je ne suis pas médecin... oui, car l'ouverture faite par la définition du dictionnaire me convient bien mieux...

Mais bon, mon diplôme est celui d'une infirmière, pas d'une soignante...

Mes attributs ne sont pas ceux du dessin non plus... je ne me promène pas avec une seringue à la main, une coiffe sur la tête...

Mes poches sont remplies (je sais, pas bien du côté hygiène hospitalière!) de papier collant spécial pour la peau (et pour faire tenir les bandes de contentions, les pansements qui se décollent et les dessins des enfants sur les murs), de désinfectant-gel (et les médecins de mon hôpital sont bien éduqués, il n'y a pas besoin de leur courir après pour qu'ils en mettent entre chaque patient!), d'un petit carnet qui me permet d'avoir le score de Glasgow, les dilutions des principaux médicaments, la marche à suivre pour faire des étiquettes, la durée de vie de chaque insuline, etc. et des nombreux stylos in-dis-pen-sa-bles...

 

Soignante? oui, quand il s'agit de faire avec douceur des gestes invasifs... quand il s'agit d'entourer familles et patients dans les moments si difficiles

Infirmière? oui, quand il s'agit d'assurer surveillance et prescriptions médicales, d'étayer le raisonnement avec les partenaires de soins...

 

Et vous? comment voyez-vous cette différence?

 

(PS: je ne suis pas entrée volontairement dans les définitions légales, vu qu'entre la Suisse, la France, la Belgique, le Canada, les définitions ne sont pas les mêmes...)

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2013-09-07T13:00:00+02:00

un sourire

Publié par heidi70

un merci, une poignée de main... ou encore un gâteau amené par la femme d'un patient hospitalisé longtemps chez nous, helas décédé depuis...

Si vous saviez, vous les patients, vous les familles, ce que ces signes de reconnaissance nous font du bien.

Vous seriez étonnés, mais nous somme plus souvent confrontés à des insultes ou de l'indifférence ( "vous ne faites que votre métier" peut-on des fois entendre) qu'à entendre des mots gentils.

Dans notre tisanerie (le petit coin-repos du service), nous affichons les mots écrits par les patients ou leurs familles.

 

Certes, notre métier est de soigner, est d'appliquer les ordres médicaux, mais pas seulement. On est aussi là pour accompagner patients et famille dans cette période de soins aigus, dans la lutte contre la maladie et la souffrance.

 

Alors, simplement, merci à vous qui nous donnez quelques petits signes de reconnaissance, nous savons que nous ne faisons pas ce métier "pour rien"...

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2013-07-04T13:47:00+02:00

multifacettes

Publié par heidi70

facettes.jpg

 

Des jours, quand je suis de bonne humeur, je me sens comme une boule à facettes: clinquante, kitsch et changeante...

Je me dis que j'ai vraiment plein de facettes, de part ma vie personnelle ( je fais partie de plusieurs associations), et professionnelle.

Vu que le but de ce blog n'est pas de parler de ma vie privée, je vais rester sur le plan professionnel!

 

Voici une année que j'ai pris contact pour rajouter une activité à ma vie professionnelle. En effet, j'ai toujours aimé l'enseignement, la transmission de savoir (et du coup, apprendre et rester à jour). Et voici qu'une opportunité s'est présentée de rejoindre une équipe d'enseignants vacataire dans une école d'ambulanciers.

 

Mais que va faire (ou que fait?) une infirmière dans le monde des ambulanciers?

C'est vrai que je n'ai pas de compétences ambulancière. Je suis une infirmière aimant les soins extra-hospitaliers, les soins d'urgences, mais mes connaissances du métier d'ambulancier sont ténues.

 

Alors? tu fais quoi?

Je fais des animations d'ateliers pratiques, j'apporte des éléments théoriques et pratiques. Et je transpose certaines de mes connaissances au monde du pré-hospitalier.

C'est un travail passionnant, qui me permet de rester à jour dans les algorithmes de prise en charge, de comprendre le travail des ambulanciers et de travailler aussi sur un de mes dadas: la collaboration interdisciplinaire!

Pour moi, il est essentiel de connaître les spécificités des autres intervenants afin de savoir ce qu'on peut attendre les uns des autres sur les lieux d'interventions.

Nous avons des métiers complémentaires et mon rôle d'infirmière smuriste n'est pas seulement d'amener le médecin sur le lieu d'intervention, mais de travailler avec celui-ci et les ambulanciers afin de secourir le patient dans les meilleures conditions possibles.

 

Alors oui, j'ai eu droit à des remarques (directes ou indirectes) sur l'inutilité d'avoir un/e infirmier/ère dans les vacataires d'une école d'ambulanciers, vu que nous n'avons pas le même métier et pas les mêmes missions et responsabilités.

Ceci est clair, par contre, nous intervenons aussi dans des cours concernant la formation continue des Smuristes, et donc des infirmiers intervenant en pré-hospitalier.

 

Et ça te plait?

Oui, ça me plait beaucoup. Je trouve enrichissant de pouvoir faire ces cours, de rencontrer les intervenants de ma régions et au-delà. J'ai aussi eu l'occasion d'aller dans une autre région, et de découvrir les spécificités de celle-ci et de l'organisation des soins pré-hospitaliers là-bas me permettent de "m'aérer" et d'apprendre, toujours et encore...

 

Et ça te prend beaucoup de temps?

Non, c'est une activité annexe qui m'occupe en moyenne un jour par mois, pour le moment. Chaque année étant différente, avec un autre programme, c'est possible que l'an prochain je fasse moins de journées de cours...

 


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2013-06-18T07:45:00+02:00

Et soudain...

Publié par heidi70

Un évènement, 3 personnes, 3 points de vue, 3 fonctions sur un accident de la route, comme il peut en arriver parfois, souvent… trop souvent.
Trois plumes pour un évènement:

Biche, témoin de l'accident qui prévient les secours.

Petite Bulle, gendarme, qui épaule les secours et cherche à comprendre ce qu'il s'est passé.

Heidi, infirmière au SMUR qui intervient pour secourir les victimes.

 3 personnes, 6 mains, 1 évènement, 3 histoires…

 

Quelle belle journée en perspective!

ça sent les vacances, le temps de se balader, de profiter du soleil...

Bon, je suis au boulot et il faut que j'aille faire mes contrôles de la voiture Smur...

- Essence: OK

- Sac médicaments et perfusion: OK

- Sac ventilation, set d'intubation : OK

- Triopans, casques, chasubles : OK

- Planche de massage et défibrillateur : batteries changées et vérifiées

 

Je croise le médecin de Smur du jour en revenant de mes contrôles... Chic, c'est Vincent, un médecin-anesthésiste avec qui je m'entends bien, qui a de la bouteille et aussi beaucoup d'humour...

On se salue:

- "C'est une chouette journée pour sauver des vies, non?"

- "Ouaip... on verra si on doit sortir!"

 

Je remonte dans mon service, tranquillement.

Boulot pas trop prenant ce matin, le temps de discuter avec mes patients, les médecins...

Arrive midi, l'heure de manger...

A peine arrivée à la cafétéria, je sens le téléphone qui vibre...

-"Mince, je dois sortir! vous me gardez mon repas?¨

 

Je cours au vestiaire, je dois encore me changer... pantalons, t-shirt, veste sans manche...

Vincent arrive au même moment, il me fait:

- "Tu as vu où on va?"

- "Oui, c'est au lycée. Je connais bien le chemin, j'espère juste que la circulation ne sera pas trop dense..."

- "Purée, tu as vu? AVP, 2 blessés... tu as plus de renseignements?"

- "Non, appelle le 144 via radio s'ils en savent plus, mais là, je n'ai rien de plus que toi!"

 

- " A 144 de Smur 6-18"

- " 144, j'écoute"

- " Smur 6-18 au départ, vous avez plus de renseignements?"

- " Négatif, 6-18. On vous rappelle par fil si des renseignements arrivent"

- " Bien compris, terminé"

 

Pendant le dialogue radio entre le médecin et le 144 (la régulation), je me suis élancée dans la circulation, conduisant de manière rapide, mais concentrée... je me méfie toujours des réactions bizarres des conducteurs devant moi lorsqu'ils entendent et réalisent qu'un véhicule d'urgence est derrière eux.

Le trajet n'est pas très long jusqu'au lycée, et bien vite nous voyons une nuée de jeunes, l'air hébété...

Je parque la voiture devant l'ambulance, qui est arrivée juste avant nous. J'observe les lieux, en fonction des 3 S (sécurité, scène, situation):

La sécurité est assurée, les triopans sont mis, les warnings sont visibles de loin et la police est arrivée aussi...

La scène: une jeune fille, la tête contre le trottoir, pâle, inconsciente. Du sang coule de sa tempe. Un jeune homme, assis par terre, contre un muret, un casque de moto à la main. Il est aussi pâle, grimace.

La situation: abord d'un lycée, beaucoup de monde, observateurs plus ou moins utiles.

 

Quelques secondes pour nous faire une idée de la scène, de la cinétique.

Mon Vincent prend le sac de ventilation, le scope. Je suis en prenant le sac des médics et l'aspiration.

Je m'approche des ambulanciers: "Salut, que puis-je faire?"

Ils sont deux, nous sommes deux... Ils sont vers la jeune fille, qui me semble la moins en forme des deux protagonistes. Je les vois mettre une minerve, regarder les pupilles, garder la position qu'elle avait déjà, en PLS.

"Va vers le jeune homme, tu peux faire un ABCD? "

Ok, je m'approche du jeune homme. Il est conscient (on parle d'AVPU: Alerte- répond à la stimulation Verbale- Pain: ne réagit qu'à la douleur- U: inconscient => ces termes sont (mal) traduits de l'anglais, mais permettent une prise en charge systématique). Bref, il est A.

l'ABCD :

- A (voies aériennes et stabilisation de la colonne cervicale): je lui mets une minerve, lui demande de ne pas bouger

- B (fonction respiratoire): il est un peu tachypnéique, j'ai réussi à reprendre le scope à mon médecin, je prends une saturation qui est correcte

- C (circulation et hémorragie): pouls bien frappé, rapide.

- D (déficit neurologique ): ce jeune homme est algique, c'est surtout son épaule droite qui lui fait mal, mais la gauche aussi. Bon, là, mes compétences sont limitées...

- E (exposition): il a une veste en cuir, qu'il va falloir lui ôter, il ne fait pas si chaud. Je hèle Vincent, qui vient de finir d'interroger une jeune fille, témoin de la scène, qui me parait un peu choquée. "Tu peux m'amener le sac médic? ce jeune est algique, je vais le perfuser et le scoper. Mais il me fait aussi une couverture de survie!"

Vincent m'amène le tout et repart vers la jeune fille. Pas le temps de m'occuper d'elle, je reste concentrée sur le jeune.

Ce jeune homme m'aide à ôter sa veste, ses copains lui donnent un coup de main. Je le scope, et tente de le perfuser. Evidemment il est clampé en périphérie, j'ai un peu de peine à lui mettre un venflon. Ouf, c'est fait!

La couverture est mise.

Je pense que cette séquence a duré moins de 5 mn.

Je me tourne vers l'équipe d'ambulanciers: "Comment ça va?"

- "Ca va. Elle est réveillable, elle réagit à la douleur. En arrivant, j'ai appelé du renfort au 144, une deuxième ambulance devrait arriver rapidement. On va la mettre dans l'ambulance et partir au plus vite."

-" Vous voulez médicaliser? mon jeune homme est algique et j'aurai besoin de Vincent pour pouvoir lui donner quelque chose contre la douleur"

-" Ok, le temps d'amener la jeune fille dans l'ambulance, Vincent va vers toi et ensuite, il nous accompagne à l'hôpital"

Je vois mes collègues prendre la civière à aubes, prendre la jeune fille et la poser sur le brancard muni du matelas coque.

Vincent s'est approché du jeune homme, l'examine et me donne rapidement des ordres pour de l'antalgie. Il part ensuite dans l'ambulance où il accompagnera la jeune fille jusqu'à l'hôpital. Pendant le trajet elle se réveille et pose les mêmes questions, deux fois, dix fois, cent fois... un bon TCC, mais le scanner n'a pas révélé d'hémorragie importante.

Mon jeune homme est vite soulagé par l'antalgie et est aussi amené rapidement à l'hôpital. Les radios montreront une fracture des deux clavicules, il pouvait avoir mal!

Pendant que je range le matériel utilisé, que je fais le tour des lieux pour voir si  on n'a rien oublié, je m'enquiers de la témoin qui a pris les choses en charge avant notre arrivée. Peut-être a-t-elle besoin de "débriefer"?

On me dit qu'elle a été vue par l'infirmière scolaire et qu'elle était en train de boire un café...

Ok. Je reprends la route et m'annonce: " A 144, Smur 6-18 libre, besoin de temps pour rétablir"

"De 144 à Smur 6-18, bien compris "  

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